Tout commence par une chasse au sanglier. Les teintes vertes et brunes donnent aux silhouettes un aspect taciturne que renforce le trait, marqué par des lignes droites et des angles. Rouge sang, la mort de l’animal éclate au milieu de la troisième page. Aussitôt, dépecée, la bête rappelle aux hommes un autre massacre. Nous sommes dans les Cévennes, en 1923. Le souvenir de la Grande Guerre, et celui d’un gars du village qui, le jour de la mobilisation générale, a refusé de partir et s’est enfui dans la montagne.
Roux le Bandit paraît sous la forme d’un album. Matthieu Baby et Nicolas Economides donnent des images au roman qu’André Chamson publia en 1925. En allers-retours entre le passé et le présent, le récit souligne l’incompréhension que suscita Roux durant les premiers mois de la guerre, qui lui vaut ce surnom. « Dans ces temps-là, nous ne pouvions pas comprendre ses raisons, dit le grand-père. Nous ne pouvions que le mépriser. »
« Je marche et je prie »
Roux vit de peu, mais reste digne. « Je marche et je prie, j’ai une bible et j’en fais la lecture sous les arbres », explique-t-il un jour à l’un des habitants, qui le croise en 1916. De très belles pages nous le montrent mains jointes, inspiré par l’Écriture : « Et tu ne feras point mourir l’innocent et le juste » ; « Pourquoi ce tumulte parmi les nations, ces vaines pensées parmi les peuples ? » Nous ne dévoilerons pas la fin. Mais notons que sur la table familiale, autour de laquelle causent les paysans, se trouvent un cendrier, quelques verres, une bouteille. Et puis un livre à la couverture noire. Pas besoin de vous faire un dessin…
Matthieu Baby, Nicolas Economides, Roux le Bandit, d’après le roman d’André Chamson, Alcide éditions, 2026, 112 p., 24 €.
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Source:
www.reforme.net



