Le maire LFI de Saint-Denis est intervenu lors du tournage d’un clip dimanche soir. Un premier test pour l’édile, qui tente de concilier respect de la loi et proximité avec ses électeurs.
En cette fin de dimanche ensoleillée, une longue voiture américaine vintage des années 1970 est garée sur la place Rouge, dans la cité des Francs-Moisins, à Saint-Denis (Seine Saint-Denis). Le rappeur Landy, originaire d’une cité voisine de Saint-Denis, tourne un clip avec ses compères Bilouki et Kulturr. Des barbecues sauvages ont été allumés et des petites motos tournent autour de la foule. L’attraction draine plus d’une centaine de jeunes et de familles, principalement des habitants du quartier.
Selon des vidéos consultées par Le Point, le maire (LFI) de Saint-Denis Bally Bagayoko salue les artistes sur place et pose tout sourire à leurs côtés dans une ambiance bon enfant. Il est accueilli en star. Mais ce rassemblement improvisé dure et gêne une partie des riverains, qui appellent la police.
Une première voiture arrive sur place. Les trois fonctionnaires, bien esseulés, constatent l’absence d’autorisation d’occupation temporaire de l’espace public (AOT) nécessaire à ce type de tournage. La situation se tend. Le maire de Saint-Denis tente alors une médiation, selon nos informations, confirmant celles du Parisien.
« Le maire doit comprendre qu’il n’est plus adjoint aux sports »
L’édile négocie un dernier quart d’heure de tournage et se porte garant de la dispersion dans le calme. Un échec. Finalement, près de 80 policiers venus en renfort – dont le commissaire de permanence – dispersent la foule avec deux grenades lacrymogènes, comme le montre une vidéo.
Auprès du Parisien, le maire a regretté le manque d’« un minimum de discernement » de la part des policiers primo-intervenants, compte tenu de la « présence de nombreuses familles ». Il a aussi rappelé le cadre légal aux organisateurs du clip. Contacté ce mardi, Bally Bagayoko n’a pas répondu aux sollicitations du Point.
Plus tard dans la soirée, vers 23 h 30, une voiture de la BAC retourne dans le quartier en patrouille. Elle bat en retraite sous les projectiles et ressort très abîmée. Selon une source proche du dossier, un agent a été blessé au genou et examiné à l’hôpital. Aucune interpellation n’a eu lieu. De possibles représailles en lien avec l’après-midi ?
Cet épisode pourrait paraître anecdotique. Il fait pourtant figure de premier test sur le thème de la sécurité pour le maire de Saint-Denis. Tout l’enjeu consiste ici à jongler entre sa popularité indéniable dans les quartiers populaires de la ville et son nouveau statut, qui l’oblige à faire respecter la loi. « Le maire doit comprendre qu’il n’est plus adjoint aux sports et coach de basket, copain des jeunes, mais qu’il doit combattre ce genre de tournages sauvages et non y participer », souligne un connaisseur de la ville.
La police municipale désœuvrée
À l’occasion de la venue d’Emmanuel Macron à Saint-Denis, Bally Bagayoko lui a remis un courrier dans lequel il a notamment réclamé l’augmentation de 20 % effectifs de la police nationale. Une demande censée compenser son « désarmement progressif » de la puissante police municipale, à commencer par les LBD, évoqué longuement par Le Point il y a un mois.
Sans avoir été tout à fait désarmée, la police municipale de Saint-Denis semble « désactivée » ou « mise sur la touche » aux yeux de plusieurs agents interrogés. « Le maire ne nous donne plus aucune instruction, témoigne l’un d’eux, frustré. Nous ne pouvons plus intervenir sous l’ancienne doctrine, de peur – légitime – de nous voir condamnés pour une intervention tendue, car nous savons pertinemment que nous ne serons pas soutenus par le maire… ».
L’épisode du clip de rap aux Francs-Moisins pourrait en être la première illustration. Il a en effet été demandé à la police municipale d’éviter de se rendre dans les quartiers les plus difficiles de Saint-Denis. « C’est le reflet de ce qui nous attend, tacle une source au sein de l’opposition. La saison des barbecues sauvages et de l’ouverture des bouches à incendie débute. Le maire va-t-il jouer les médiateurs à chaque fois ? »
Dans les couloirs de la « PM » de Saint-Denis, peuplée d’agents « désabusés », l’ambiance serait ainsi devenue « morose ». « On ne prend plus d’initiatives par peur de se faire taper sur les doigts », complète cet agent. Selon nos informations, au moins une dizaine d’entre eux a émis une demande de départ. Pour anticiper les mutations, le maire a augmenté le délai du préavis de départ à trois mois.
Source:
www.lepoint.fr



