Depuis le 31 juillet 2026 des internautes de différents pays partagent une supposée vidéo du média français Blast. Elle révélerait que Léa Salamé, présentatrice du 20 heures du France 2 – et ancienne collaboratrice de France 24 – aurait tenté de « soudoyer » des médias pour la publication d’articles favorables à son compagnon Raphaël Glucksmann, pressenti pour être candidat à la prochaine présidentielle de 2027.
Léa Salamé aurait ainsi proposé aux rédactions en chef de Libération, du Monde, de Marianne et de Médiapart la somme de 50 000 euros pour la rémunération d’une couverture médiatique qui donnerait une image positive de son compagnon. La prétendue vidéo de Blast aurait aussi donné la parole au fondateur de Mediapart, Edwy Plenel. Il y accuserait Léa Salamé de s’être livrée à de la « propagande rémunérée » et aurait partagé pour preuve un mail de proposition de la présentatrice. En accompagnement de la vidéo, les internautes renvoient à un article publié à propos de la vidéo sur blastinfo[.]fr, censé être le site internet de Blast.
Une fausse vidéo
Pourtant rien n’est vrai dans cette supposée révélation de Blast. L’intox reprend des modes opératoires de désinformation bien connus, généralement attribués à la Russie, même s’il est difficile d’établir avec certitude l’origine de l’intox.
D’abord, la vidéo est un faux grossier détournant l’identité du média Blast. L’usurpation de l’identité de médias reconnus pour la production de fausses vidéos reprenant leur charte graphique s’apparente au mode opératoire Storm-1516, comme il a été désigné par Microsoft, régulièrement mobilisé par la propagande russe.
Selon le détecteur de deepfake audio Hiya, disponible dans l’outil de vérification InVid, l’audio de la vidéo à 98 % de chance d’avoir été généré par IA.

Sur X, Edwy Plenel a démenti avoir reçu un mail de proposition de la part de Léa Salamé et dénonce une vidéo où sa voix a été « trafiquée ». Comme le montre SynthID, un détecteur d’images générées artificiellement utilisé par Open AI, l’image d’illustration de la vidéo où l’on voit des prétendus portraits de Raphaël Glucksmann et Léa Salamé a été « générée avec les outils d’Open AI », c’est-à-dire ChatGPT.

L’intox s’appuie également sur la mise en place d’un faux site usurpant l’identité du média Blast, également un mode opératoire bien connu des opérations de désinformation russes connu sous le nom de code Copycop.
Les internautes qui diffusent la fausse vidéo de Blast partagent un lien vers un article du site blastinfo[.]fr dont l’adresse web est écrite avec les mots « blast » et « info » collés. Mais il ne s’agit pas de la véritable adresse du site de Blast qui s’écrit blast-info.fr, avec un tiret entre les mots « blast » et « info ». Les créateurs du faux site imitant celui de Blast se sont rendus coupables de « typosquatting » : pour tromper le lecteur ils ont utilisé pour leur site factice, une adresse internet très similaire à celle du véritable site du média qu’ils essaient d’imiter.

Le faux site de Blast ressemble à s’y méprendre au véritable site du média. Et pour cause, ainsi que l’a dénoncé Blast sur son compte X le 1er août, le faux site a copié à l’identique 181 pages du vrai site de Blast, pour y inclure un seul faux article qui relate la prétendue tentative de corruption de Léa Salamé.
Autre anomalie, l’interrogation des données d’enregistrements de blastinfo[.]fr indiquent que le faux site est actif depuis le 24 juillet 2026, quelque jours à peine avant la diffusion de l’intox.
![Les données d'enregistrement de blastinfo[.]fr le 3 août 2026](https://ledepute.com/wp-content/uploads/2026/08/image2-124.png)
Enfin, contacté, Viginum, le service du gouvernement français de lutte contre les ingérences étrangères, confirme avoir détecté la publication de l’intox comme une opération de désinformation.
Une diffusion internationale qui manque sa cible ?
Selon un décompte partiel sur X réalisé par la rédaction des Observateurs de France 24, l’intox visant Léa Salamé semble avoir été diffusé par des internautes issus de 14 pays ou zones géographiques ainsi que le montrerait leur localisation dans leur profil X. Si cette donnée n’est pas toujours exacte- elle peut être faussée par l’utilisation d’un VPN- il apparaît, à la lecture de leurs publications qui ont récolté environ un million de vues, que ces comptes ont bien visé en grande partie des audiences étrangères.
Plusieurs comptes ont ainsi relayé l’intox avec un post écrit en anglais mais en partageant la même vidéo en français. Il s’agit souvent de faux comptes pro-MAGA (Make America Great Again, le slogan de campagne de Donald Trump) basés en Afrique. Comme par exemple le compte Rred censé être situé au Kansas mais qui écrit du Nigeria ainsi que le confirme des messages écrits en Yoruba sur son profil, une des langues principales du Nigeria.

D’autres comptes sont plus directement liés à la propagande russe. Comme @SprinterPress épinglé par le site contre la désinformation Debunk.org comme faisant partie d’un réseau de comptes pro-Kremlin publiant aussi en anglais.
Il apparaît aussi que l’intox a été relayée par des comptes favorables à l’Alliance des États du Sahel (AES), qui comprend le Burkina Faso, le Niger et le Mali, trois pays qui se sont rapprochés de la Russie suite à des coups militaires. Et aussi par des influenceurs britanniques, allemands et irakiens, par des comptes en langue serbe et un compte d’actualité prochinois.
Mais en visant donc une audience internationale, il s’avère que l’intox semble avoir davantage touché un public étranger, sans doute moins concerné et peu familier avec le monde politique français. Les comptes ciblant spécifiquement la France ont ainsi souvent moins de vues que les comptes basés à l’étranger, ce qui pourrait indiquer que cette intox aurait peut-être manqué sa cible.
Source:
www.france24.com




