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Un crâne ou un trophée ? La Guinée réclame à la France son héros anticolonial après 130 ans

Il est grand temps que la Guinée retrouve le crâne de son ancien grand Almamy, chef politique et religieux de l’État théocratique, du Fouta-Djalon. Qui est ce Bokar Biro, pourquoi est-ce que la Guinée veut son crâne, et est-ce que la France va se conformer ?

« Un farouche défenseur de la liberté »

Boubakar Biro, dit Bokar Biro, est le dernier grand Almamy du Fouta-Djalon souverain, prenant le pouvoir en 1 890 après avoir éliminé physiquement son frère, Alfa Mamadou Pâté. Le Fouta-Djalon était un puissant royaume fondé au début du XVIIIe siècle, dans le massif de l’actuelle République de Guinée. L’objectif de ce chef était de sauvegarder l’indépendance du Fouta que la France cherchait à conquérir. Il dénoncera le prétendu traité de protectorat signé entre la France et le Fouta-Djalon en 1881, qui ancrait l’influence française dans la région face aux rivalités coloniales, et affronta seul l’armée française du capitaine Muller le 14 novembre 1896. Bokar Biro fut le véritable résistant à la conquête française et en paiera chèrement de sa vie.

« Il était un farouche défenseur de la liberté, c’est pour ça qu’il a été décapité. Il a été décapité parce qu’il était contre la pénétration coloniale au Fouta », affirme Mohamed Amirou Conté, directeur du musée national de Guinée à Conakry et membre du comité scientifique.

« Les restes humains, on les enterre dignement »

Les colons français ont fait de son crâne un trophée de guerre et il est aujourd’hui conservé au musée de l’Homme, à Paris. Mais « exposer un crâne chez nous, ça ne se fait pas. Nous, les restes humains, on les enterre dignement. Les exposer dans un musée, ce n’est pas dans nos traditions et dans notre culture », explique Mohamed Amirou Conté.

Le ministre de la Culture, Moussa Moïse Sylla, demande donc de restituer le crâne de Bokar Biro, ainsi que de trois de ses proches, son frère, son père et son chef de guerre. Le crâne du chef « mérite de retourner en Guinée et ceux de ses compagnons, dans la mesure où il s’agit d’un personnage qui a marqué l’histoire de l’opposition à la pénétration coloniale en République de Guinée », estime le ministre.

Est-ce que la France consente ?

La demande a été déposée le 27 juillet. Depuis mi-juillet, Moussa Moïse Sylla avait fait d’autres demandes à la France « sur les objets personnels de l’Almamy Samory Touré » et « au sujet du crâne de l’Almamy Bokar Biro Barry ». En fin juillet, « nous avons une réponse de la partie française, nous informant que ces crânes ont été retrouvés. Et donc nous avons fait la demande officielle de restitution », explique-t-il.

La loi relative aux restes humains conservés dans l’Hexagone, adoptée par le Parlement français en 2023, permet ces demandes. Pour préparer la restitution, la Guinée a mis en place un comité scientifique, car le cadre légal impose un parcours rigoureux de procédures juridiques, scientifiques et diplomatiques. Les autorités guinéennes reconnaissent les démarches et espèrent de conclure le rapatriement dans un ou deux ans maximums.

L’article de 2023 accorde « par dérogation au principe d’inaliénabilité des biens des personnes publiques » la sortie de restes humains « exclusivement » pour permettre la restitution « à des fins funéraires ». Dans ce cadre, la France a rendu dès 2020 une vingtaine de crânes à l’Algérie et trois, en 2025, à Madagascar, ce dernier étant à ce jour le seul État à avoir obtenu une restitution finalisée sous ce nouveau régime.

« Ce n’est pas quelqu’un d’anodin dont le crâne doit continuer à être exposé dans un musée en France », exprime le ministre Moussa Moïse Sylla. Les autorités guinéennes n’ont pas encore pris leur décision sur ou le crâne serait inhumé : à Conakry ou à Timbo, la capitale du Fouta théocratique ?

Une chose est sûre, et le ministre l’affirme, c’est qu’« aux côtés de l’Almamy Samory Touré et de héros que nous avons connus en Guinée forestière, en Basse-Guinée, l’Almamy Bokar Biro, en tant que dernier Almamy du Fouta-Djalon, est donc un héros ». Il bénéficiera sûrement d’un enterrement digne de son rôle historique.


Source:

www.leparisien.fr

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