Contre toute attente, les juges de la 13e chambre correctionnelle de Paris ont relaxé, ce vendredi, Evariste Nzengi qui répondait d’escroquerie au préjudice de personnes vulnérables. Le tribunal a estimé que le Franco-Congolais, âgé de 69 ans, avait commis, sans usage de faux, de « simples mensonges qui engagent plutôt la responsabilité civile de leur auteur ».
Polo bleu roi à fines rayures aux couleurs de l’Équipe de France, Évariste gagne la barre à la demande du président Guillaume Daïeff, dans la salle climatisée du tribunal judiciaire des Batignolles, à Paris. Il est nerveux ; le visage hermétique, il ne sourit plus autant que le 8 juin, date de son procès (notre article du 9 juin ici). Ce jour-là, accompagné de son épouse Gisèle, prévenue de recel d’escroquerie aggravée, il avait paru sûr de lui, jusqu’à échanger courtoisement, décontracté, avec le père Jérôme Lavois, l’une de ses 32 victimes. Durant les longs débats, Évariste s’en était remis à Dieu, Lui demandant pardon, ainsi qu’à « tous ceux que j’ai offensés ».
Ce vendredi 10 juillet, aucun religieux n’assiste à l’énoncé du jugement – c’est peut-être aussi bien. Même si la plupart des abbés ne souhaitaient pas que la brebis égarée soit lourdement condamnée, il leur semblait au moins acquis que « le bon chrétien », élevé par les Jésuites africains dans l’absolu respect des valeurs de l’Évangile, recevrait une légère sanction. N’avait-il pas bombardé de ses courriers 80 hommes et femmes d’Église, « le malade imaginaire » quémandant leur bonté ? Les vieilles personnes, âgées pour la plupart de 80 à 90 ans, avaient répondu avec la charité qui les caractérise : 32 d’entre elles, dont certaines sous tutelle, avaient adressé, entre juin 2019 et décembre 2025, la somme totale de 235 330 € !
Ni manœuvres frauduleuses ni abus de faiblesse
Le président Daïeff fixe Évariste, lui rappelle qu’il a « menti sur [sa] santé, [sa] situation professionnelle et personnelle, sur [ses] proches » : il s’était notamment inventé un infarctus, un AVC ou un cancer de la prostate, des jumelles (qu’il n’a jamais eues) hospitalisées après une tentative de suicide et sa condition de malheureux veuf d’une femme bien vivante. Toutefois, le juge relève que le prévenu n’a « jamais fait usage de fausses factures, de faux certificats médicaux » ou autres documents falsifiés pour tromper ses cibles. « Or, il est de jurisprudence constante que des simples mensonges ne caractérisent pas une escroquerie, ni des manœuvres frauduleuses. » Il explique qu’il n’est pas plus possible de requalifier les faits du chef d’abus de faiblesse aggravé. « En conséquence, le tribunal vous relaxe, poursuit le magistrat, vous aussi, Madame ». Il marque une pause, regard posé sur le sexagénaire : « Le tribunal rappelle que les mensonges engagent plutôt la responsabilité civile de leur auteur. »
Leur micro n’étant pas branché, on n’entend pas les trois, quatre mots que bredouille le couple. Évariste et Gisèle n’en diront pas plus en sortant de la salle, où le substitut du procureur Alexandre Le Bideau avait requis, un mois plus tôt, deux ans de sursis probatoire contre lui, la relaxe pour elle.
Son avocat, absent au procès car parti en Afrique enterrer un aïeul de 126 ans, se déclare satisfait, expliquant avoir prévenu les magistrats qu’il irait jusque devant la Cour européenne des droits de l’homme si son client était condamné : « On avait demandé le renvoi puisqu’il comparaissait seul et ça nous avait été refusé. Ce qui est inadmissible. »
Tout semble bien finir pour Évariste, absous de ses péchés par la justice des hommes – et sans doute un peu par la grâce de Dieu. À moins que le père François D. et l’Association diocésaine de Paris intentent une action devant le tribunal civil pour récupérer une partie des 235 330 € mal acquis.
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