Elles sont partout ! Parées des couleurs de l’arc-en-ciel ou rose flashy, les licornes se sont imposées dans notre quotidien, aussi bien au rayon enfants des grandes surfaces que sur les banderoles des militants LGBTQIA+. « Aujourd’hui, la licorne est un peu partout dans la culture populaire, en lien avec les nombreuses vertus qu’on lui prête », reconnaît Béatrice de Chancel-Bardelot, conservatrice au musée de Cluny.
Ce printemps, pour comprendre l’origine d’un tel succès et en analyser les racines historiques, l’institution dédiée à l’étude du Moyen Âge se plonge dans l’histoire de la représentation des licornes, de l’Antiquité à nos jours et de la littérature aux arts visuels.
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Une apparence et une symbolique qui ont évolué au fil du temps
De nos jours vue comme une « créature douce », analyse la commissaire de l’exposition, elle a pourtant été autrefois définie comme une créature « sauvage » voire « agressive ». Ambivalente, elle est en tout cas une « chimère », puisque son anatomie réunit « plusieurs parties d’autres animaux ».
Le premier auteur occidental à en faire mention est Ctésias, un médecin grec au Ve siècle avant notre ère ; par la suite, Mégasthène et Pline l’Ancien s’essayeront eux aussi à la décrire, sans toutefois s’accorder sur son apparence. Rouge brique, pommelée ou gris-bleu, dotée d’un corps de cheval ou de chèvre, la licorne a souvent des sabots fourchus et une barbichette.
Mais si son portrait-robot diffère selon les régions et les époques, elle devient uniformément blanche à la fin du Moyen Âge, et est évoquée à travers nombre d’enluminures, d’illustrations, de fresques et de tapisseries. « Très en vogue » à ce moment-là, l’animal légendaire se voit attribuer « beaucoup de valeurs différentes » : tantôt synonyme de « vertu », de « puissance » ou de « sauvagerie », poursuit la conservatrice, elle est souvent représentée en train de purifier l’eau en y plongeant sa longue corne.
La licorne est également assimilée aux jeunes femmes vierges, aux bons, aux innocents, tandis qu’elle est souvent associée à la figure de Jésus – ceux qui osent la chasser sont comparés aux pécheurs qui ont tué le Christ.
La licorne superstar
Après le Moyen Âge, il faut attendre la fin du XIXe siècle et la présentation au public du cycle de tapisseries de La Dame à la licorne pour que la créature retrouve sa popularité, laquelle se poursuit jusqu’à aujourd’hui. Incarnant la « puissance féminine » chez Niki de Saint Phalle ou chez Rebecca Horn, la licorne peut toutefois encore symboliser un état de pureté fragile : dans une tapisserie récente de Suzanne Husky, elle disparaît pour laisser place à un bulldozer qui détruit la nature environnante…
Politiquement, la licorne peut être aussi « un symbole des minorités sexuelles, par son caractère de créature qu’on ne voit pas, longtemps invisibilisée et qui, aujourd’hui, se montre ». Une figure de « réenchantement », conclut joliment la commissaire, qui se retrouve sur les uniformes de certains soldats ukrainiens, lesquels revendiquent grâce à elle leur tolérance… jusque sur les champs de bataille.
Texte : Maïlys Celeux-Lanval
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Du 13 mars 2026 au 12 juillet 2026
www.musee-moyenage.fr
Musée de Cluny – musée national du Moyen Âge • 28 Rue du Sommerard • 75005 Pariswww.musee-moyenage.fr
Source:
www.beauxarts.com



