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Violences sexuelles : « Il a pris sa deuxième main, il l’a mise sous mon soutien-gorge, et il a malaxé »

Un médecin, désormais retraité, est prévenu d’avoir commis une agression sexuelle au cours d’une consultation médicale. C’est la troisième plainte contre ce praticien. L’audience devant le tribunal correctionnel de Nanterre, le 1er juillet, intervient 9 ans après les faits, qu’il nie.

Palais de justice de Nanterre (Photo : @P. Anquetin)

Tandis que le prévenu s’écarte et s’assoit sur une chaise en se grattant le crâne, la présidente du tribunal appelle la partie civile à se positionner debout à la barre, Madame, « pouvez-vous nous raconter ce que vous avez subi ce jour-là ? ». Et la femme, vêtue de noire et coiffée d’une queue-de-cheval, fait le récit de l’agression sexuelle dont elle accuse le septuagénaire au toupet gris, qui, lui-même, entend la jeune femme dire : « Je me suis assise face à lui. Il s’est levé de sa chaise, est venu derrière moi, s’est mis à me faire un massage au niveau de la nuque, je ne comprenais pas.

— Il vous a prévenue ?

— Non, il parlait du Kiné qui me suit, il avait des mots condescendants envers lui. Puis, il a commencé à me dire que j’étais tendue. Il a descendu sa main dans mon soutien-gorge, profondément.

— Il ne vous a pas massé le fameux muscle pectoral, comme il le prétend ?

— Non.

— Et il a fait quoi ?

— Il a pris sa deuxième main, il l’a mise sous mon soutien-gorge, et il a malaxé. »

« C’était de la lubricité ? »

Elle pleure.

« J’arrêtais pas de lui dire que je n’avais pas mal, j’arrivais pas à lui dire d’arrêter, donc c’était ma seule façon de lui dire non. Il me disait ‘si si si si, là je sens que vous êtes bien contractée.’

— En vous touchant le sein ?

— Oui, et il me disait que c’était le pectoral. Mais le sein, c’est le sein ; les glandes mammaires, c’est à part.

— Vous dites que ça a duré 20 minutes ?

— Oui, et je me souviens qu’il respirait fort. Son visage était proche de moi, et il insistait pour me dire que j’avais une contracture. Moi, je ne me suis jamais plainte d’avoir mal.

— Qu’est-ce qu’il vous a dit ?

— Que j’avais une jolie poitrine, qu’il avait 62 ans mais que ça restait un homme, ça m’a marqué quand il m’a dit que le soir je penserai à lui en me regardant dans le miroir.

— C’était à connotation sexuelle ?

— Il parlait de la beauté de ma poitrine, pas de la posture.

— C’était de la lubricité ?

— Oui. »

En mai 2017, Paula*, 21 ans, se rend en consultation à l’hôpital de Suresnes. C’est son troisième et dernier rendez-vous en suivi postopératoire, suite à une fracture du coude, avec Christophe C., traumatologue et médecin urgentiste. Elle a déjà entamé sa rééducation et vient pour un simple contrôle quand elle subit la scène qu’elle décrit, encore très marquée, au tribunal correctionnel de Nanterre, le mercredi 1er juillet 2026.

Juste après les faits, Paula porte plainte au commissariat de Suresnes. Les policiers constatent le message qu’elle a envoyé à une amie juste après l’agression, qui rapporte les faits dans les mêmes termes que ceux utilisés 9 ans plus tard au tribunal. Sa déposition est précise et cohérente, son désarroi psychique est constaté par un psychologue, et puis plus rien.

Deux autres plaintes avaient déjà été déposées dans ce même commissariat, à l’encontre de ce même médecin, un petit septuagénaire débonnaire épaulé par une épouse qui pense que les plaignantes sont des personnes « frustrées » qui souhaitent se « donner de l’importance ».

Caroline M., le 7 avril 2015, avait rapporté le soir de son agression par le docteur C. que celui-ci l’avait positionnée dos au mur, lui avait posé la main sur le sexe et l’avait penchée en lui appuyant sur le dos avec l’autre main. Là, il en aurait profité pour lui palper la poitrine. Âgée de 24 ans, Caroline M. était étudiante en médecine.

Le 9 mai 2016, Mathilde C., âgée de 43 ans, disait avoir subi des pénétrations digitales brutales pendant plus de 5 minutes au prétexte de vérifier ses ovaires. Un examen médical qui se justifiait au vu des douleurs ressenties par la patiente, selon le médecin mis en cause et une collègue interrogée, mais dont la patiente, surprise, n’avait pas été informée avant qu’il n’y procède.

Ces deux plaintes se décomposent toujours tranquillement au fond d’un tiroir du tribunal de Suresnes ; Paula, elle, a relancé le parquet en 2023, et a obtenu le renvoi du médecin désormais retraité devant le tribunal correctionnel. Après un renvoi de son affaire du fait d’une audience surchargée, la voilà pour la seconde fois qui réitère le récit minutieux d’une agression sexuelle.

« Est-ce que les autres vont aussi en garde à vue ? »

Bien que le prévenu ne soit poursuivi que pour l’agression de Paula, la présidente a tenu à résumer les autres affaires dans lesquelles il avait été mis en cause. Pour le contexte. Elle lui demande d’approcher de la barre et demande : « Pourquoi ces trois femmes, qui ne se connaissent pas, sont d’un âge différent, décrivent des faits similaires ? Quand on est médecin, comment vit-on de faire trois gardes à vue …

— … Très mal …

— … pour des accusations très similaires ?

— Quand on a l’impression de bien faire et qu’on se retrouve avec une plainte, une garde à vue, une saisine du conseil de l’ordre, c’est saisissant

— C’est une technique très originale que vous avez développée ou c’est pratiqué par d’autres médecins ?

— C’est pratiqué par les autres médecins.

— Est-ce que les autres vont aussi en garde à vue ?

— J’ai pas d’explication, hormis le fait que ça se situe dans une période où les codes relationnels médecin patients ont un peu changé. Je n’avais jamais eu aucun patient qui m’a dit que ce n’était pas normal de faire ça. »

Traumatologue pendant 38 ans, Christophe C. aime les belles postures, et il le dit à ses patientes. « Je dis simplement que c’est plus agréable de voir quelqu’un qui se tient bien », et nie tout propos à connotation sexuelle. La partie civile rapporte qu’il aurait dit, tout en la pelotant : « Je suis médecin, mais je reste un homme, je regarde et j’aime les belles poitrines » ; « ce sont des conseils de grand-père, vous êtes jolie et en plus pas mal foutue. » Il le nie.

« Donc elle a menti ? » Demande le juge assesseur.

— Je ne dis pas qu’elle a menti.

— C’est soit elle, soit vous.

— Je maintiens que je n’ai pas menti.

— Donc elle ment. »

Pour rééduquer une fracture du coude, le travail postural est primordial. Ce jour-là, il lui a massé le muscle pectoral, assure-t-il, situé 10 à 15 cm au-dessus du sein. Aucune confusion possible, il en convient. L’avocate de Paula demande au prévenu : « On est d’accord que vous, n’avez ni touché, ni caressé, ni effleuré son sein. Qu’est-ce que vous pensez de ces trois femmes qui portent plainte pour des faits de nature sexuelle ?

— Les modes de relation ont évolué. En regardant les faits d’actualité, c’est ce qu’on peut constater. Les codes relationnels semblent s’être modifiés. »

Il ajoute que la réaction de la plaignante serait due à un trouble psychique consécutif à son traumatisme physique. Paula, elle, dit que son traumatisme est consécutif à son agression sexuelle, qu’elle n’a pas supporté pendant longtemps que sa poitrine soit touchée, et que pour cette raison, elle a renoncé à allaiter son deuxième enfant.

Avant de se rasseoir, son avocate demande à Paula ce qu’elle fait dans la vie.

« Je suis gardien de la paix, et je gère une brigade d’escorte au tribunal de Paris.

— Donc les audiences correctionnelles, vous connaissez.

— Très bien.

— Et ça vous fait quoi d’être là aujourd’hui ?

— Je suis bouleversée. »

Christophe C. a entendu la procureure demander 10 mois de prison avec sursis, son avocate plaider la relaxe, et la présidente l’informer qu’après en avoir délibéré, neuf ans après les faits, le tribunal le condamnait à 6 mois de prison avec sursis.

 

*Le prénom a été modifié.


Source:

www.actu-juridique.fr

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