En France, durant l’été 1998, quelque chose de particulier flottait dans l’air. Je n’en avais pas conscience – je n’avais encore que six mois. Mais à la télévision, dans les journaux, au cœur de chaque foyer, l’émotion était palpable. L’atmosphère était comme plus légère, le soleil brillait plus fort. Ce sentiment a culminé le 12 juillet, lorsque la France a remporté la Coupe du Monde pour la première fois de son histoire. Et sublime de chez sublime, cette victoire s’est déroulée à domicile, dans un stade construit pour l’occasion aux portes de Paris. De la campagne jusqu’à l’Arc de Triomphe, un nom est resté gravé dans les mémoires ce soir-là : Zinédine Zidane.
Blouson, Balenciaga. Chemise, Brooks Brothers. Stylo, Montblanc.© Txema Yeste
Le jeune homme d’origine kabyle, qui a grandi dans le quartier marseillais de La Castellane, a atteint un statut que peu d’athlètes ont connu : celui de légende incontestée dans son pays et au-delà. C’est ce soir-là que le mythe est né.
Au fil des années, on a beaucoup écrit sur la personnalité de Zinédine Zidane, le décrivant comme plutôt introverti, peu bavard et discret. C’est ainsi qu’une société immortalise ses légendes : derrière une caisse de verre, inaccessibles, intouchables. C’est le Zidane de mon enfance. Un mythe presque trop beau pour être vrai. Trop parfait pour être réel. Pourtant, le Zinédine Zidane que j’ai rencontré à Madrid pour GQ Middle East me semble plus léger. Et plus drôle. Il blague, en français et en espagnol. Mais toujours accompagnées d’un petit sourire et d’une lueur dans les yeux presque enfantine.
“Plus je vieillis, plus j’aspire à la liberté de penser, d’agir et de choisir. Mais j’ai toujours mes parents dans un coin de ma tête”, explique-t-il. “Il a beaucoup d’humour en privé. Mais il a besoin de se sentir à l’aise”, confiera plus tard son coéquipier des Bleus, Christian Karembeu.
Manteau Berluti. Hoodie, Courrèges . Sac, Montblanc. Pantalon, adidas Y-3. Baskets, adidas.© Txema Yeste
Avant les feux d’artifice, le Ballon d’Or et la frénésie d’une carrière au sommet, il y avait Zinédine Yazid Zidane, un enfant de Marseille. Ses parents s’étaient installés dans la ville avant sa naissance et celle de ses frères et sœurs. La cité phocéenne a été le décor de ses premières années, où le football est devenu une véritable passion. Pour les Marseillais, Marseille est plus qu’une simple ville ; c’est un territoire dans lequel ils sont profondément ancrés. C’est une question de fierté. Zidane a beau avoir quitté Marseille il y a des années, il conserve ce léger accent du Sud. Et il sourit encore en évoquant les longues journées passées à taper dans le ballon avec ses amis. Je lui ai montré une photo de lui, prise quelques mois avant le coup d’envoi de la Coupe du monde 1998 par le photographe français Pierre Boye. Il est au milieu de sa cité, entouré d’enfants. Il rayonne. “Je suis fier d’avoir grandi là-bas. Ce quartier m’a façonné de mille façons”, dit-il. “Il m’a appris à me blinder, car il fallait se battre pour survivre. Mais j’y ai aussi passé de très beaux moments. J’y repense souvent.” Il sourit. “On était juste une bande de copains, à faire ce qu’on faisait de mieux : jouer au foot. C’était ce que je préférais au monde. On savourait chaque instant, comme si c’était le dernier.” Avait-il un rêve à ce moment-là ? “Non, je n’ai jamais rêvé de faire cette carrière quand j’étais enfant. J’étais juste un gamin qui adorait le foot. C’est tout. Les rêves sont venus après.”
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