New Delhi a choisi de mettre la pression sur ses raffineurs, plutôt que sur la population. L’approvisionnement est tendu et le gouvernement fait appel à la Russie pour surmonter la guerre en Iran.
« Nous n’avons vu une situation pareille ». Le directeur des opérations du géant Reliance Industries, géant de la pétrochimie, et opérateur de la plus grande raffinerie pétrolière au monde à Jamnagar (Gujarat), n’en revient pas, dans un article publié par Bloomberg : l’industrie pétrolière indienne est secouée par le choc de la guerre israélo-américaine contre l’Iran, et voit ses profits s’effondrer.
Reliance Industries – 116 milliards de dollars de revenus en 2025 – a vu son résultat net reculer de 9% en mars. L’entreprise publique Mangalore Refinery & Petrochemicals a elle décroché de 68% sur son premier trimestre. Leur chiffre d’affaires progresse sur le trimestre, mais les marges s’effritent : « les contraintes logistiques, la volatilité du prix du brut, posent problème », résume un cadre de la Chennai Petroleum, autre major locale.
L’industrie pétrolière indienne souffre en effet de plusieurs facteurs défavorables. Les prix du fret maritime ont progressé par un facteur de 10 à 15 – ce qui coutait 100 dollars avant la crise en coûte jusqu’à 1.500 aujourd’hui. Le prix des assurances a progressé de façon tout aussi exponentielle, avec des taux passant parfois de 0,25% à 10% du prix de la cargaison, soit 40 fois plus. Enfin, l’Inde paye une « prime de brut » de 20 à 30 dollars par baril, par rapport aux standards du Brent ou du WTI par exemple.
Politique publique claire
Selon le cabinet Macquarie, l’industrie locale est rentable avec un baril à 80 dollars – quand le Brent atteint ce lundi 108 dollars. La précipitation des consommateurs vers les pompes en avril a aussi permis une consommation de carburants en hausse, de 9% pour le diesel et 12,5% pour l’essence.
Mais malgré cela, les entreprises perdent de l’argent : environ 100 roupies (91 centimes d’euros) sur chaque litre de diesel raffiné, et 20 (18) sur le litre d’essence. Selon des études spécialisées, les prix auraient dû progresser de 28 roupies en moyenne sur chaque litre raffiné pour compenser.
Mais c’est sans compter sur les politiques publiques : le carburant est un sujet sensible parmi l’électorat indien, et le gouvernement de Narendra Modi a donc jugé qu’il fallait encadrer les prix. Il a décidé de geler les prix à la pompe immédiatement après le début de la guerre ; pour éviter que les entreprises n’exportent, il a aussi imposé des taxes de 55 roupies par litre de diesel exporté, et de 42 roupies par litre de kérosène exporté. Le but ? Eviter toute évaporation vers l’étranger du carburant, et maintenir l’accessibilité pour les habitants.
Modi a également imposé des quotas de production de gaz de pétrole liquéfié (GPL), un sous-produit pétrolier peu rentable car très transformé. Ce gaz est notamment utilisé pour la cuisson par les foyers indiens. Le gouvernement a donc encadré strictement son industrie, faisant porter les risques financiers sur les raffineurs et les distributeurs nationaux, plutôt que sur la population.
Tensions d’approvisionnements
La question de l’accès au pétrole est devenu critique pour le pays. Selon le cabinet Kpler, l’Inde importait en avril moins de 250.000 barils du Moyen-Orient, contre 2,8 millions en février.
Les sanctions des Etats-Unis sur le pétrole iranien ont aussi eu pour effet de réduire drastiquement les livraisons iraniennes vers la Chine : Pékin rivalise donc désormais dans ses approvisionnements avec l’Inde. Cette concurrence accrue met sous pression le pays, qui ne vit qu’avec 30 jours de stocks stratégiques environ – soit 3 fois moins que la France. Sur le terrain du gaz, ce n’est pas mieux : les importations européennes de gaz naturel liquéfié (GNL) ont augmenté, pour concurrencer celles de l’Asie.
L’Inde s’en remet donc aux ressources… russes. Les importations venues de Moscou ont atteint 2,14 millions de barils par jour, soit la moitié des importations indiennes. Le double d’avant le conflit.
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