Conduite sans permis, refus d’obtempérer, violence contre des policiers : 18 mois de prison ferme !

Un refus d’obtempérer toutes les 20 minutes, 75 par jour, 28 000 en 2025. Calculée sur l’ensemble du territoire, cette moyenne risque de connaître une hausse tant ces incidents se multiplient depuis janvier. Umit, lui, a foncé sur un policier car il roulait sans permis depuis 2011. Ensuite, il a abandonné sa voiture et enchaîné les délits. Il a été condamné à 18 mois de prison ferme.

Palais de justice de Reims (Photo : ©I.Horlans)

Umit, un Turc de 39 ans, père de famille et gérant de société, n’a pas estimé utile de comparaître à son procès. Sans doute a-t-il pensé que, compte tenu de ses antécédents judiciaires, il risquait le mandat de dépôt à la barre. Ce qui aurait pu se produire tant Matthieu Dehu, le substitut du procureur, a insisté sur l’importance d’une « peine signifiante » qui lui ferait passer l’envie de commettre ses « infractions fétiches » : conduite sans permis et refus de se soumettre aux contrôles.

Sa première sanction remonte à 2007 et une ribambelle d’autres a suivi. En 2024, le tribunal correctionnel de Paris lui a infligé deux sentences pour ses habituels délits routiers ; il les a méprisées. Rebelote dans la Marne, la juridiction châlonnaise les a alourdies pour faits similaires. Le 24 février, lorsqu’il a cru malin de sortir encore des clous, il faisait l’objet de fiches de recherche pour l’obliger à purger son reliquat de 21 mois de détention. Et puisqu’il a séché l’audience à Reims lundi 27 avril, Umit est désormais la cible d’un mandat d’arrêt.

Une dizaine d’incidents graves en une semaine

La justice est de plus en plus encline à sévir contre ces chauffards mettant en danger la vie d’autrui. Souvent celle des forces de l’ordre aux premières loges : deux gendarmes hospitalisés après avoir été percutés, le 24 avril à Forcalquier (Alpes-de-Haute-Provence) ; un autre sérieusement blessé le lendemain à Mimizan (Landes) ; un policier traîné sur plusieurs mètres le 21 à Lyon – deux ans ferme avec mandat de dépôt pour l’auteur. Ce lundi, toujours pour refus d’obtempérer, hélas cette fois « aggravé », un homme a écopé de 12 ans de réclusion aux assises de l’Isère : il avait foncé sur des policiers en 2022, tuant sa passagère.

Umit, le Turc de Reims, n’a pas encore provoqué d’accident grave, presque un miracle car, en plus de rouler sans permis, il est d’humeur belliqueuse. Dans l’après-midi du 24 février, donc, il traverse la cité dans la Mégane de son frère. Il se retrouve nez à nez avec un convoi exceptionnel précédé des motards de la police. L’un d’eux, Jérôme, lui intime de se ranger à droite, de stopper. Umit se sait recherché ; il imagine sa situation empirer. Alors, il accélère, frôle Jérôme, sauvé par d’excellents réflexes.

Umit s’enfuit, pied au plancher, grille des feux rouges, cache son visage.

Crachat de sang et torsion testiculaire

Les équipages à proximité sont alertés, mais la course-poursuite s’achève quand le chauffard abandonne la Mégane et détale en courant, semant les fonctionnaires. La voiture part à la fourrière. Le lendemain, Umit a le culot d’aller y récupérer son portable et sa carte bancaire. La vidéosurveillance et les fiches de recherche permettent d’identifier le fuyard le 26 février. L’arrestation au pied de son immeuble est sportive : il se rebelle tant que, sur les images que projette à l’audience la présidente Céline Fassey, on le voit la bouche en sang. « Il a craché sur le policier M., qui a dû effectuer plusieurs analyses biologiques pour écarter toute contamination », confie l’avocate de quatre fonctionnaires parties civiles.

En observant la séquence filmée, on a plutôt l’impression qu’Umit éructe des insanités, que ses postillons atteignent le visage du gardien de la paix. « Volontaires ou involontaires, ces violences sont caractérisées », estime le parquetier.

En revanche, la caméra-piéton ne filme pas la torsion testiculaire dont est victime le délinquant, qui exigera son hospitalisation. S’est-il rebellé à cause de « menottes trop serrées », comme il le crie, parce qu’il souffrait à l’entrejambe ? Ou bien était-il furieux en pressentant son incarcération, devenue inévitable ?

Fausses identités, accusations fantaisistes, cocaïne en poche

 En garde à vue – suspendue à cause de l’opération chirurgicale –, Umit va d’abord décliner deux fausses identités et tout nier, sauf la détention de sa cocaïne planquée dans sa poche. Puis, confronté à sa fiche de recherche, il tentera d’accuser son frère, propriétaire du véhicule, d’avoir conduit ce 24 février. Une fois rétabli, il maintiendra ses dénégations. Voici où on en est, ce 27 avril : le prévenu des six infractions s’étant fait la belle en dépit d’un contrôle judiciaire strict, le tribunal doit se contenter du rapport de police.

La partie civile réclame jusqu’à 2 000 euros de dommages et intérêts.

Le substitut Matthieu Dehu, lui, fustige « les dérobades » du chauffard en récidive. On apprend qu’il a repassé le permis après la suspension de 2011, qu’il n’avait plus aucun point, ce qui n’a pas modifié ses habitudes. « Il est tout le temps en train de fuir », « c’est une dérobade permanente », « il ne respecte pas le cadre judiciaire », insiste le représentant de la société. Aussi requiert-il 18 mois de prison ferme, plus six au titre du cumul, assortis des peines complémentaires obligatoires (cinq ans d’inéligibilité, pas d’arme).

La mission de l’avocate en défense est complexe : « De permanence, je n’ai pas pu rencontrer mon client. » Sur le refus d’obtempérer, les outrages, le défaut de permis, « il n’y a pas de discussions ». Cependant, « la rébellion et les violences me posent plus de difficultés. Les vidéos commencent une fois qu’il est menotté, il y a des incertitudes ». Elle suggère une partie avec sursis probatoire : « Il serait encadré, pourrait travailler et indemniser les victimes. »

Seulement, il y a le contexte personnel, également national. Umit ne mérite guère que la justice lui tende à nouveau une main secourable. Et la justice n’en peut plus des attaques contre les personnes dépositaires de l’autorité publique.

Le tribunal condamne Umit à un an ferme pour les violences à l’encontre du motard et de son collègue aspergé de sang, plus 6 mois pour le refus d’obtempérer. Avec mandat d’arrêt. Il est relaxé des faits que lui imputent les deux autres plaignants.

Il reste désormais à le trouver, à le déférer devant le juge de l’application des peines, puis à mettre à exécution les condamnations antérieurement prononcées à Paris et Châlons-en-Champagne.

 

 

 


Source:

www.actu-juridique.fr

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