Trois ans après la proposition d’interdiction des PFAS portée en 2023 par cinq États européens – l’Allemagne, les Pays‑Bas, la Suède et le Danemark, avec la Norvège –, l’Union européenne n’a toujours pas adopté de réglementation globale sur ces « polluants éternels ». Pourtant, les effets sanitaires de ces substances sont désormais bien établis : cancers, troubles de la fertilité, dérèglements hormonaux et immunitaires. Alors pourquoi l’Europe tarde‑t‑elle à légiférer ?
Dépendance industrielle
Utilisées depuis les années 1950 pour leurs propriétés antiadhésives, imperméabilisantes et résistantes à la chaleur, les PFAS se sont imposés comme des composants clés de nombreux secteurs industriels : emballages alimentaires, textiles techniques, cosmétiques, mousses anti‑incendie, électronique ou aéronautique. Leur structure – fondée sur des liaisons carbone‑fluor extrêmement stables – explique à la fois leur efficacité industrielle et leur persistance dans l’environnement. Présents dans l’eau, les sols, l’air et l’alimentation, ils s’accumulent dans les organismes humains et les écosystèmes.
Cette dépendance industrielle explique en grande partie l’enlisement politique actuel. Le secteur européen de la chimie exerce une pression intense sur la Commission européenne afin de retarder ou d’édulcorer une réglementation pourtant ambitieuse : une restriction large de l’ensemble de la famille des PFAS. Un lobbying d’autant plus efficace qu’il s’inscrit dans un contexte de recul des priorités environnementales, marqué depuis les dernières élections européennes par une remise en avant de la compétitivité industrielle.
D’innombrables « hot spots »
Sur le terrain, les conséquences sont déjà visibles. De la Flandre à la vallée du Rhône, de la Suède à la Vénétie, les « hot spots » de contamination sont nombreux. En France, la vallée de la chimie, au sud de Lyon, concentre les niveaux de pollution les plus élevés, exposant des dizaines de milliers d’habitants à une eau potable dépassant les seuils de référence européens.
Faute de réponse politique, les populations concernées investissent de plus en plus le terrain judiciaire. Le Forever Lobbying Project, enquête collaborative coordonnée par Le Monde, a recensé près d’une cinquantaine de procédures engagées en Europe depuis 2023. Ces actions s’accompagnent de mobilisations symboliques, comme début mars 2026 à Bruxelles, lorsque plusieurs collectifs se sont rassemblés devant le siège de la Commission européenne pour réclamer une audience à Ursula von der Leyen et dénoncer l’influence persistante des lobbies industriels.

Comment les PFAS sont-ils devenus un maillon incontournable de l’industrie ? Comment leurs effets sanitaires et environnementaux ont-ils été progressivement documentés, jusqu’à faire émerger ces substances comme un enjeu politique majeur ? Comment les populations européennes exposées composent-elles, au quotidien, avec la présence diffuse de ces « polluants éternels » ? Qui est responsable de ces contaminations ? Qui doit assumer les coûts considérables de la dépollution : les industriels, les États, les collectivités, les contribuables ? Quels seraient, enfin, les effets d’une interdiction générale de l’ensemble de la famille des PFAS ?
Julie Gacon s’entretient avec Stéphane Horel, journaliste d’investigation au Monde et coordinatrice du Forever Lobbying Project, une enquête collaborative sur la contamination aux PFAS en Europe impliquant 46 journalistes, 29 partenaires médias et un groupe d’experts dans 16 pays.
Focus – La lutte contre les PFAS du Québec à la France
Avec Sébastien Sauvé, professeur en chimie de l’environnement à l’université de Montréal.
De la tragédie de Lac‑Mégantic aux enquêtes scientifiques sur l’eau potable, en passant par le scandale des boues d’épuration importées des États‑Unis, la lutte contre les PFAS s’est organisée au Québec. Quelles avancées réglementaires ont été obtenues, et quels manques subsistent encore ? En quoi la coopération internationale peut‑elle permettre de mieux appréhender les pollutions liées aux PFAS ?
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Source:
www.radiofrance.fr



