La production du pays pourrait augmenter drastiquement – à condition que le détroit ne rouvre.
Un symbole politique et diplomatique, plutôt qu’une révolution à la pompe : l’annonce des Emirats Arabes Unis de leur sortie de l’OPEP, l’organisation des pays producteurs de pétrole, ne devrait pas bouleverser le marché mondial à court-terme. Et le pays l’avoue lui-même : cette décision reflète surtout sa « vision économique et stratégie de long terme ».
« Dans l’immédiat, cette décision n’aura aucune influence. Les Emiratis ne peuvent de toute façon sortir leur pétrole tant que le détroit d’Ormuz est fermé », souligne Philippe Chalmin, économiste spécialiste des matières premières.
L’Iran ferme son emprise sur le détroit, ne laissant filtrer qu’une cargaison de GNL par-ci, un yacht russe par-là, au gré de l’évolution des discussions avec Washington. Téhéran réclame toujours un droit de péage sur le détroit – et ne propose sa réouverture qu’en l’échange d’une liberté quant à l’avancée de son programme nucléaire. Dans ce contexte, la sortie de l’OPEP des Emirats ne change rien sur les prix, ni du brut, ni du carburant à la pompe.
A l’inverse, « quand le détroit sera rouvert, tous les pays producteurs produiront de façon importante », explique encore Philippe Chalmin. De quoi, là encore, minimiser l’effet de la décision d’Abou Dabi.
Désaccord sur les quotas
Les prix devraient néanmoins être tirés vers le bas à long terme, si la guerre et les blocages prennent fin. De quoi réjouir les Européens, et favoriser les Etats-Unis, où la Maison Blanche s’inquiète de la hausse des prix à la pompe.
« Avec l’Arabie saoudite, les Emirats sont l’un des rares membres de l’OPEP à disposer d’une capacité de réserve significative – le mécanisme par lequel le groupe exerce son influence sur le marché », explique Jorge Leon, analyste chez Rystad.
Abou Dabi a augmenté ses capacités de production à plus de 4 millions de barils par jour, et pourrait dépasser 5 millions en 2027. Il exprime depuis plusieurs mois son désaccord stratégique avec l’OPEP, et notamment son chef de file saoudien, quant aux quotas de production: l’organisation maîtrise strictement la production pour maintenir les prix au plus haut, quand plusieurs membres souhaitaient la rendre plus souple, en les permettant de produire plus. Les Emirats sont aujourd’hui encore contraints à ne pas exporter plus de 3,6 millions de barils par jour.
« Alors que la demande approche de son pic, les calculs des producteurs disposant de barils à bas prix évoluent rapidement, et attendre son tour dans un système de quotas commence à ressembler à un manque à gagner », détaille Jorge Leon. Plusieurs pays africains ont émis les mêmes critiques et menacé de quitter l’organisation.
La sortie des Emirats pourrait ainsi avoir des effets diplomatiques forts, en marquant une dissension déjà latente entre Mohammed ben Zayed, président des Emirats, et Mohammed Ben Salmane, prince héritier et Premier ministre d’Arabie saoudite.
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