“Le Rapport mondial sur les crises alimentaires met en évidence un fait saisissant : la famine n’est plus seulement un risque, c’est une réalité cruelle que connaissent actuellement de trop nombreux enfants.” Lors d’un point presse à Genève, le 24 avril, Ricardo Pires, porte-parole adjoint de l’Unicef, a présenté ce dossier dont le chapitre 3 révèle que les crises alimentaires actuelles sont également de graves crises nutritionnelles. “Elles sont alimentées par les conflits, les déplacements de population et l’effondrement des services essentiels. Cette situation est considérablement aggravée par la réduction des financements destinés à l’aide humanitaire et au développement”, souligne le responsable.
En 2025, on estimait à 35,5 millions le nombre d’enfants de moins de cinq ans souffrant de malnutrition aiguë dans 23 pays touchés. Près de 10 millions de ces enfants souffrent d’émaciation sévère, une condition qui menace leur vie, pourtant tout à fait évitable et traitable. “Les enfants souffrant d’émaciation sévère sont beaucoup trop maigres par rapport à leur taille, leur système immunitaire est tellement affaibli que des maladies infantiles courantes peuvent leur être fatales, et leur risque de décès est multiplié par 12 par rapport à celui des enfants correctement nourris”, précise Ricardo Pires. Et d’ajouter : “Parallèlement, 9,2 millions de femmes enceintes et allaitantes souffrent de malnutrition aiguë. Lorsque les femmes ne peuvent pas subvenir à leurs propres besoins nutritionnels, leurs bébés sont exposés à un risque plus élevé d’insuffisance pondérale à la naissance, de maladie et de décès – et ce, dès le tout début de leur vie.”
En 2025 deux famines déclarées simultanément
Le rapport rappelle aussi qu’en 2025, pour la première fois en vingt ans, deux famines ont été déclarées simultanément : l’une à Gaza, l’autre au Soudan. Les enfants, en plus de subir la faim, ont été confrontés à l’effondrement des systèmes de santé, de nutrition et d’approvisionnement en eau, mais aussi à de graves épidémies et à des restrictions extrêmes de l’accès humanitaire.
À Gaza, le rapport fait état de l’une des détériorations les plus rapides jamais enregistrées en matière de nutrition infantile, avec un nombre d’enfants souffrant de malnutrition aiguë qui a plus que doublé en l’espace de quelques mois. “Ce ne sont pas seulement des chiffres. Ce sont de toutes jeunes vies. J’étais en mission sur place au moment même où la famine a été déclarée, en 2025. Je n’oublierai jamais ce que j’ai vu à l’intérieur des établissements de santé. Les cliniques débordaient de monde, les couloirs, les salles d’attente, et même les cages d’escalier étaient remplis de mères et de pères serrant contre eux des enfants dont les corps avaient été décharnés par la faim”, décrit le responsable.
Une convergence mortelle
Quatre régions – Gaza, le Soudan, le Myanmar et le Soudan du Sud – sont classées parmi celles confrontées à des crises nutritionnelles les plus graves, où les enfants sont exposés à une convergence mortelle entre une alimentation insuffisante, un lourd fardeau de maladies et l’absence de services essentiels. Ces situations ne sont pourtant pas inévitables, elles sont le fruit de choix affirme l’Unicef.
“Dans la plupart des crises nutritionnelles évoquées dans le rapport, la malnutrition aiguë n’est pas uniquement due à des pénuries alimentaires, mais à l’incapacité simultanée de garantir un accès humanitaire sûr et sans entrave à la nourriture, aux soins de santé, aux services et fournitures nutritionnels, ainsi qu’à l’eau potable. C’est pourquoi les enfants souffrent de malnutrition sévère, même là où la nourriture ne manque pas”, confirme Ricardo Pires.
“Actions multisectorielles”
Alors que l’intensification des conflits, les chocs climatiques et les perturbations du marché mondial menacent de plonger encore davantage d’enfants en état de malnutrition aiguë, dans un contexte où les services de nutrition sont réduits et où l’accès à ces services devient de plus en plus restreint.
L’Unicef insiste sur la nécessité de prévenir la famine plus tôt, avant que les enfants ne se retrouvent au seuil de la mort. “Nous devons investir dans des systèmes permettant une alerte précoce. Les efforts d’intervention doivent privilégier les actions multisectorielles visant à sauver le plus grand nombre de vies, associées à une action politique, diplomatique et opérationnelle soutenue afin d’empêcher toute nouvelle détérioration de la situation. Et garantir un accès humanitaire sûr et sans entrave. Les enfants, les femmes enceintes et les mères allaitantes doivent être placés au centre des efforts de prévention et d’intervention qui associent la nutrition aux programmes de santé, d’approvisionnement en eau, d’assainissement et de protection sociale.”
Lire aussi :
Famine à Gaza : des pasteurs dénoncent l’urgence humanitaire
La famine menace le Soudan
Mourir de faim : comment définir la famine ?
Source:
www.reforme.net



