DISPUTATIO
Afin d’approfondir le champ d’observation de L’œil de Réforme, nous vous proposons « Disputatio ». Une confrontation dans le respect, par une réponse à un éditorial, et la publication des deux textes, argument contre argument, afin de vous faire votre propre idée sur la question.
À PROPOS DU TRAITEMENT DE LA GUERREDANS RÉFORME
L’ŒIL SUR RÉFORME
Texte paru dans L’œil de Réforme le 28 avril 2026
Stupeur. Suite à mon dernier billet sur le refus de la guerre, on me répond ici qu’il faut bien combattre la Russie. Je lis également, et cela sera repris dans Réforme, un ex-président de la FPF affirmer qu’il faut qu’Israël puisse se défendre. Même postulat du côté du conseiller théologique de Réforme, qui écrit dans un éditorial : « cette guerre a une part de légitimité de la part d’Israël ».
Je me dis alors qu’un sursaut va se produire. Que nos dirigeants protestants et/ou que le principal journal protestant en France vont prendre une position claire contre toutes les guerres. Que nous, protestants, avons compris que Jésus a mis fin à la loi du Talion, et qu’on ne peut justifier la guerre sans dévoyer son appel à la non-violence, au pardon et à l’amour des ennemis.
Mais non. Rien de tel ne vient, ni des uns, ni de l’autre.
Du côté catholique, en revanche, le message du pape contre la guerre est d’une clarté et d’un courage remarquables. Il rappelle que « quiconque est disciple du Christ, le Prince de la Paix, ne se range jamais du côté de ceux qui brandissaient hier l’épée et larguent aujourd’hui des bombes ». Or, si l’instrumentalisation religieuse de Trump et des siens, que l’on dit protestants, a fait l’objet d’articles développés dans Réforme, le message du pape, lui, se trouve relégué à quelques brèves citations.
D’où vient alors ce silence assourdissant, cette gêne perceptible tant chez les responsables de nos institutions que dans notre journal de référence ? Je n’ai pas la réponse. Mais je lis, dans les pages Courrier, que de nombreux lecteurs s’en inquiètent eux aussi. Alors, au fond, il nous faudra peut-être retrouver ce geste fondateur du protestantisme : celui qui ose contester l’ordre établi, y compris le nôtre, lorsqu’il s’éloigne de l’Évangile.
Thomas Kauffmann, anthropologue et humanitaire
RÉPONSE
Que répondre à ce billet qui se désole que Réforme n’affiche pas un refus absolu de toute guerre et que, dans un éditorial, ait été écrit que « cette guerre a une part de légitimité de la part d’Israël » ?
D’abord que, ne nous considérant pas comme dépositaire d’une parole protestante officielle, nous n’imposons pas un point de vue. Antoine Nouis a aussi écrit dans le même éditorial : « Toute guerre est une horreur qui détruit les humains, les pays, les infrastructures et les rêves. Les guerres appartiennent à l’histoire de l’humanité, mais elles en sont la honte. (…) Elles relèvent du péché des hommes et des civilisations ».
Ensuite, que nous pensons que notre mission consiste plutôt à informer sur les réalités de la guerre (comme le fait notre reporter au Liban dans le numéro de cette semaine) et à nourrir le débat théologique sur la légitimité ou l’illégitimité des guerres (comme ces dernières semaines, notamment dans le Courrier).
Enfin, pourquoi ne pas l’avouer, Réforme se sent infiniment petit face au tragique absolu qui fait le Moyen-Orient aujourd’hui. Nous méditons alors la profonde lettre pastorale publiée le 27 avril par le cardinal Pizzaballa, patriarche latin de Jérusalem.
« Telle est la condition que nous habitons : un désert de larmes, de résignation, de paroles vides de sens, mais habité par de courageuses expériences de vitalité et de fraternité, écrit le cardinal. C’est dans ce désert que nous sommes invités à reconnaître une fois encore la voix de Dieu qui nous interpelle. Face à ce désordre, la question décisive n’est pas de savoir comment en sortir ou comment le résoudre, mais comment l’habiter en tant que croyants, sans nous laisser absorber par sa logique et sans renoncer à la responsabilité d’un témoignage évangélique ».
Constatons que la guerre est là, mais refusons avant tout le désespoir.
Stéphane Lutz-Sorg, rédacteur en chef de Réforme
Cette chronique n’engage ni la ligne éditoriale ni la rédaction de Réforme
Source:
www.reforme.net



