Alors que les températures redescendent, le bilan humain, lui, pourrait continuer de grimper. Après plus de dix jours d’une chaleur exceptionnelle, la France redevient lundi 29 juin progressivement plus respirable. Pourtant, pour les médecins et les autorités sanitaires, le plus dur n’est peut-être pas encore passé : les effets de la chaleur continueront de se manifester plusieurs jours après la fin de l’épisode caniculaire.
Un premier bilan donne déjà la mesure du choc sanitaire. Depuis le 24 juin, environ 1 000 décès supplémentaires ont été enregistrés par rapport à la mortalité observée les mois précédents, selon Santé publique France. Cette estimation, fondée sur des données encore incomplètes, ne permet pas d’attribuer officiellement ces décès à la chaleur mais confirme qu’un épisode de surmortalité est en cours.
Dans le détail, plus de 1 200 décès, toutes causes confondues, ont été enregistrés le 24 juin, puis plus de 1 400 les deux jours suivants, contre environ 900 à 1 000 décès quotidiens observés en avril et en mai. Noyades, déshydratations sévères ou aggravation de maladies chroniques : la chaleur ne tue pas uniquement par hyperthermie.
Le signal le plus préoccupant concerne les décès à domicile. Santé publique France observe une hausse d’environ 40 %, particulièrement marquée en Île-de-France. Les personnes âgées restent les premières victimes : elles représentent 85 % des décès recensés. Et les spécialistes rappellent que la chaleur extrême menace également les personnes sans-abri, les travailleurs exposés ou encore les patients atteints de troubles psychiatriques.
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« On sera plus proche de 7 000 que du millier »
« En France, (les vagues de chaleur, NDLR) causent entre 1 000 et 7 000 morts par an, et l’on peut supposer que, cet été, on sera plus proche de 7 000 que du millier, estime l’épidémiologiste Basile Chaix, directeur de recherche à l’Inserm, auprès de l’AFP. « Le gros des effets survient dans les deux ou trois jours suivants, mais certains sont décalés dans le temps. »
Le chercheur cite notamment les travaux menés sur les patients atteints de sclérose en plaques, chez lesquels une vague de chaleur augmente le risque de poussée « deux à trois semaines plus tard », ainsi qu’un risque accru de naissances prématurées.
Autrement dit, la canicule agit souvent comme un accélérateur de pathologies existantes, dont les conséquences ne deviennent visibles qu’après plusieurs jours. C’est précisément ce qui inquiète les urgentistes. Pour Jean-Luc Leymarie, médecin généraliste et membre de la Confédération des syndicats médicaux français, « une suite de mortalité » est à prévoir, liée aux maladies chroniques aggravées. « À cause de cet épisode caniculaire, les gens vont déclarer, ‘décompenser’ une pathologie préexistante », prévient-il sur le plateau de LCI. « La période difficile qu’ils ont traversée, les nuits éprouvantes, vont déclencher des mécanismes qui vont se dégrader. »
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Les hôpitaux s’attendent ainsi à accueillir de nombreux patients dans les jours qui viennent, alors même que le pic de chaleur est passé. Depuis vendredi, les plans blancs – un dispositif qui permet de mobiliser davantage de moyens humains et matériels – se sont multipliés dans plusieurs établissements hospitaliers.
En Île-de-France, tous les hôpitaux ont été placés en dispositif de crise face à l’afflux de patients et à l’explosion des appels au Samu. La porte-parole du syndicat d’urgentistes SUdF, Agnès Ricard-Hibon, évoque une hausse de 50 à 60 % des appels au 15 à travers le pays. Si la situation reste « sous contrôle », les équipes redoutent désormais l’arrivée de patients ces prochains jours.
Hausse des décès à domicile
Même inquiétude pour Philippe Juvin, chef des urgences de l’Hôpital européen Georges-Pompidou et député LR des Hauts-de-Seine. Le médecin redoute notamment la découverte, au retour du week-end, de personnes âgées restées seules à leur domicile, dont l’état de santé s’est brutalement dégradé : « L’une de nos craintes, c’est la famille qui va revenir de week-end, ou l’aide-ménagère qui ne passe pas le week-end, et qui va pousser la porte et trouver quelqu’un de fatigué, de malade, voire de décédé”, explique-t-il sur France 2.
SOS Médecins recensait, dimanche, 3,5 fois plus de constats de décès à domicile qu’à l’accoutumée sur un échantillon de quinze départements, confirmant la forte hausse déjà observée par Santé publique France, selon une information du Monde.
Difficile, dans ce contexte, de ne pas penser à la canicule de 2003, qui avait causé près de 15 000 décès en France, dont l’immense majorité avait plus de 75 ans. Pour autant, les autorités sanitaires se gardent de prédire un scénario identique.
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« Même si la canicule est comparable d’un point de vue météorologique à celle de 2003, on ne sera probablement pas dans la même situation d’un point de vue sanitaire », estime la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, sur BFM-TV. Depuis plus de vingt ans, les pouvoirs publics ont renforcé les dispositifs de prévention, par exemple dans les Ehpad « avec une pièce rafraîchie » rappelle la ministre.
De leur côté, les professionnels du secteur funéraire restent prudents, alors que l’inquiétude est montée tout le week-end sur les tensions dans les funérariums. À Paris, les deux chambres funéraires ont atteint leur capacité maximale, obligeant certaines familles à transférer leurs proches vers des établissements de la petite ou de la grande couronne. « Les professionnels sont mobilisés » et « au niveau des effectifs, du matériel et des infrastructures, on répondra présent », assure Gautier Caton, porte-parole de la Fédération nationale du funéraire. En revanche, « à ce stade, on ne maîtrise pas du tout (…) la mortalité dans les établissements hospitaliers ». « Ce qu’on constate, nous, c’est une très forte augmentation des décès dans les domiciles », ce qui « impacte directement les chambres funéraires », pointe-t-il.
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Une « boîte noire » dont tous les effets restent à mesurer
Le millier de décès supplémentaires déjà recensé ne reflète sans doute qu’une partie de l’impact sanitaire de cette vague de chaleur. Pour Basile Chaix, les chercheurs ne font qu’ouvrir une véritable « boîte noire ». « Il y a vraisemblablement une augmentation du nombre de suicides, des risques induits par la consommation d’alcool ou de drogue qui conduisent plus souvent à une hospitalisation », explique-t-il.
« Il y a aussi les accidents du travail, dont on n’entend parler que lorsqu’ils conduisent à un décès, il y a des accidents de la route : les véhicules de moins bonne qualité, où la climatisation ne fonctionne plus et est absente, vont majorer le risque d’accident pour leurs conducteurs. » Autant de conséquences qui échappent encore en partie aux statistiques et rendent difficile l’évaluation du coût humain réel d’une canicule.
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Il faudra donc patienter plusieurs semaines, voire plusieurs mois, avant d’en mesurer pleinement l’ampleur. Dans un premier temps, Santé publique France calcule la surmortalité, c’est-à-dire l’écart entre le nombre de décès observés pendant la canicule et celui habituellement attendu à cette période. Cet indicateur, publié “environ trois semaines” après la fin de l’épisode, ne permet toutefois pas d’attribuer directement ces décès à la chaleur, fait savoir l’agence sanitaire à franceinfo.
Pour estimer le nombre de décès réellement imputables à la canicule, Santé publique France croise ensuite les données de mortalité avec les températures enregistrées dans chaque département grâce à un modèle statistique. Ce travail prend plusieurs mois. Le bilan définitif de cet épisode ne devrait donc être connu qu’à la fin de l’année.
Les épisodes précédents donnent néanmoins un ordre de grandeur. « Chaque année, la chaleur représente de 1% à 4% de la mortalité estivale et de 7% à 12% de la mortalité pendant les canicules, des ordres de grandeur qui demeurent stables depuis 2017 », rapporte SPF. Au total, près de 11 700 décès leur ont été attribués sur les neuf derniers étés.
Source:
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