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Guerre en Ukraine : des familles colombiennes à la recherche de leurs proches disparus sur le front

Les mères, les épouses, les sœurs colombiennes vivent un périple douloureux jusqu’en Ukraine. Nourri par l’espoir de retrouver un corps, ce qui ouvre aussi le droit à des indemnisations.

Sur la place Maïdan, à Kiev, des dizaines de milliers de petits drapeaux ukrainiens pavent un recoin du site devenu spontanément, le mémorial des héros. En marge de cet océan de jaune et de bleu, un espace est dédié aux volontaires colombiens, tombés au combat, si loin de leur terre.

Carmenza Guerrero s’agenouille, une dernière fois, devant le portrait de son fils, Efrain, les traits juvéniles. Il avait 26 ans.

De son téléphone serré contre son cœur, Carmenza fait jaillir quelques notes d’une musique que le garçon aimait tant. Le lendemain, elle repart en Colombie. Seule… « Ne pas rentrer avec lui… ça me déchire l’âme… Savoir que je dois partir sans rien pouvoir emporter de mon fils. Je m’en vais le cœur brisé. Mon souhait le plus cher c’était de pouvoir l’emmener avec moi pour lui offrir une sépulture digne… »

À Kiev, Carmenza a enchainé les rendez-vous éprouvants, avec les autorités militaires ukrainiennes. Huit mois ont passé depuis la disparition de son fils, mais personne n’a pu lui apporter de réponse : « Ils m’ont dit qu’il fallait que j’attende, parce qu’ils devaient d’abord faire l’enquête pour voir à quel endroit il était tombé. Soi-disant, ils me disaient qu’il était à Zaporijjia. Ensuite, ils m’ont dit qu’il était à Pokrovsk, puis qu’ils l’avaient déjà dans des congélateurs. Mais en réalité, non, il n’y a eu aucune information. »

Le projet d’Efrain, militaire de formation, Carmenza le découvre alors que son fils est déjà en Pologne : « Il avait acheté une moto qui coûtait très cher. Il voulait la payer, et rembourser des dettes qu’il avait à la banque. C’est pour ça qu’il est venu en Ukraine. »

Infirmière à Bucaramanga, elle aussi s’est endettée, à hauteur de 4 000 euros, pour financer un périple en Ukraine, dont elle repart le cœur lesté d’amertume : « La dernière fois que j’ai pu lui parler, c’était le 25 octobre. Il m’a dit que ça allait mais qu’ici, il ne fallait faire confiance à personne. Il avait froid. C’est dur ma petite maman. Je regrette d’être venu ici ma petite maman, c’est ce qu’il m’a dit. De la chair à canon, c’est pour ça qu’il est venu en Ukraine, de la chair à canon… »Un sacrifice inutile… C’est aussi le sentiment de Luz. Exténuée, tout juste arrivée d’un village du sud de la Colombie. Elle a perdu sur le front ukrainien Juan Andrès Rivera, le père de ses trois enfants : « Il est arrivé ici le 2 août, et il ne s’est même pas passé un mois avant que nous apprenions sa mort. »

Luz aussi, est en quête de réponses : « Après un entrainement d’à peine quinze jours, il a été envoyé pour sa première mission. Alors qu’il pensait qu’il recevrait une formation de trois mois. Ce n’est pas juste… »

À Kiev, tout l’intimide : cette langue, aux sonorités étranges, les sirènes des alertes aériennes… Pourtant, elle doit prendre son courage à deux mains pour pousser la porte, des administrations ukrainiennes, faire reconnaître la mort de son époux, toujours porté disparu et réclamer les indemnités promises à sa famille : « C’est pour les enfants que je suis ici, afin d’honorer une promesse de leur père. Avant de me dire adieu il m’avait dit : « Tu vas devoir venir ici en Ukraine, il ne faut pas perdre ce qu’ils doivent me donner, c’est pour les enfants, c’est pour eux que je donne la vie ». Il sentait qu’il ne reviendrait pas en Colombie, qu’il ne reverrait pas les enfants.

Dans le carré colombien du mémorial de Maïdan, Luz dépose une lettre de son fils au pied du portrait de Juan Andrès : « Cher papa, j’espère que tout va bien en Ukraine ». Comme Carmenza et Luz, une dizaine de familles colombiennes font chaque mois le voyage jusqu’à Kiev.


Source:

www.radiofrance.fr

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