Fait inédit dans l’histoire américaine, Donald Trump est devenu le premier président à accorder des grâces directement à des personnes morales. En 18 mois, le chef d’État a effacé 200 millions de dollars de sanctions financières au profit d’une plateforme de cryptomonnaies ou de petites entreprises automobiles, érigeant le droit de grâce en véritable outil de dérégulation économique et de communication.
Donald Trump gracie à la manière d’un roi. En 18 mois, le résident de la Maison-Blanche a déjà annulé la peine de 1.700 personnes, un chiffre supérieur à celui de tous ses prédécesseurs. Parmi ces bénéficiaires figurent de nombreux soutiens politiques, en premier lieu l’écrasante majorité de ceux accusés ou reconnus coupables de l’assaut contre le Capitole le 6 janvier 2021, après sa défaite à l’élection présidentielle de 2020.
Mais cet usage démesuré de son pouvoir va encore plus loin. Fait inédit dans l’histoire américaine, Donald Trump est également devenu le premier président à accorder des grâces directement à des entreprises.
« À aucune autre époque, aucun président n’aurait osé faire cela », a expliqué Frank Bowman, professeur à la faculté de droit de l’université du Missouri, au média Bloomberg, qui consacre un article au sujet.
« Peut-être dans des cas particuliers, avec des raisons impérieuses… Mais l’élimination systémique de la responsabilité pénale pour des crimes financiers majeurs n’aurait jamais eu lieu auparavant », a-t-il poursuivi.
Quand Trump fait du Charles II d’Angleterre
D’après les informations de l’agence américaine, l’idée de pardonner à des entités privées a germé au début de l’année dernière, lorsque la société mère de la plateforme de cryptomonnaies BitMEX a discrètement cherché à obtenir une grâce pour elle-même et ses principaux dirigeants. Elle était alors sous la menace d’une amende de 100 millions de dollars pour avoir enfreint la réglementation anti-blanchiment.
En janvier 2025, alors que le retour de Donald Trump au pouvoir marquait l’assouplissement des règles contre les plateformes de cryptomonnaies non enregistrées, BitMEX a ouvert la possibilité à ses utilisateurs d’échanger leurs devises contre les Trump Memecoins – un cryptoactif qui a rapporté plus de 630 millions de dollars à l’octogénaire.
Selon une source anonyme citée par Bloomberg, des responsables de l’administration auraient justifié cet acte en se référant à la grâce accordée par le roi Charles II d’Angleterre à une entreprise il y a plus de 300 ans. Résultat: le 27 mars 2025, le président a effacé la peine du cofondateur de BitMEX, Arthur Hayes, ainsi que celles de trois autres anciens dirigeants. Il a également gracié l’entreprise, précisément la semaine où celle-ci devait s’acquitter de son amende de 100 millions de dollars.
Le lendemain, c’est Carlos Watson et sa start-up de médias numériques Ozy Media qui ont vu leur peine annulée et leur amende de 97 millions de dollars effacée. Son dirigeant avait pourtant été reconnu coupable, en 2024, de fraude envers des investisseurs et des prêteurs.
Petit garage pro-diesel cherche lobbyiste
Comment interpréter ces actes inédits dans l’histoire des États-Unis? En réalité, ces grâces assurent une fonction de communication politique pour le chef d’État omnipotent: elles servent d’appui et de vitrine aux politiques de dérégulation mises en œuvre dans différents secteurs.
C’est particulièrement vrai dans le domaine de l’écologie, cible privilégiée de Donald Trump lors de son premier comme de son second mandat. Ainsi, la majorité des firmes graciées sont des garages automobiles accusés d’avoir transgressé les lois sur la protection de l’environnement.
« La plupart sont de petites entreprises, généralement conservatrices et plutôt partisanes de Trump, qui manquaient souvent de ressources financières pour assurer une défense adéquate », explique Jeff Daugherty à Bloomberg.
Ce lobbyiste de Cheyenne, dans le Wyoming, a d’ailleurs assisté plusieurs de ces sociétés dans leur démarche pour obtenir une grâce.
« Emprisonnés pour avoir réparé leur voiture »
Parmi elles figure le garage Diesel Freak, dans le Michigan, accusé en 2024 d’avoir enfreint la loi sur la qualité de l’air (Clean Air Act) en supprimant des dispositifs de contrôle des émissions sur des véhicules. Ces systèmes sont en effet jugés trop contraignants et trop coûteux par certains professionnels. Son patron, Ryan LaLone, a été condamné à une amende individuelle de 7.500 dollars et de 750.000 dollars pour son entreprise.
« Cette affaire est l’une des plus importantes de ce type jamais portées devant les tribunaux aux États-Unis », avait alors déclaré le procureur en charge du dossier, en février 2024.
À la veille du 250ᵉ anniversaire des États-Unis, le 3 juillet, Donald Trump a finalement gracié Ryan LaLone, ainsi que huit hommes et cinq autres entreprises automobiles, « sur le point d’être emprisonnés pour avoir ‘réparé leur voiture' », comme il l’a affirmé sur Truth Social.
Quelques mois plus tôt, en novembre 2025, Troy Lake, patron d’Elite Diesel Service, avait également obtenu un pardon à la suite d’accusations similaires et d’une campagne de lobbying menée par Jeff Daugherty. Un moyen pour le président de battre en brèche les politiques environnementales mises en place par son prédécesseur.
Au total, Bloomberg estime à 200 millions de dollars le montant des sanctions financières effacées par le président des États-Unis, dont une partie était pourtant destinée à indemniser les victimes.
Source:
www.bfmtv.com




