L’argumentaire circule beaucoup : les pays nordiques auraient tourné le dos au papier toilette au profit du jet d’eau, et la France resterait à la traîne. La réalité statistique dit exactement l’inverse. La Suède et la Norvège figurent parmi les plus gros consommateurs de papier hygiénique au monde par habitant, juste derrière les États-Unis et le Canada, et devant la Suisse. La culture de l’eau existe bel et bien, mais elle se situe ailleurs. Reste la question de fond, qui mérite mieux qu’un slogan : laver vaut il mieux qu’essuyer ?
L’eau plutôt que le papier : une géographie mal comprise
Dans la majorité des pays d’Asie et du Moyen-Orient, le nettoyage à l’eau constitue la norme après le passage aux toilettes. Le Japon a popularisé les abattants lavants, largement installés dans les foyers. En Europe, c’est l’Italie qui a le plus ancré l’usage du bidet dans ses logements.
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Les pays nordiques, eux, utilisent massivement le papier. Le mythe d’une « hygiène scandinave à l’eau » relève donc de l’argument de vente plutôt que de l’observation. Ce qui n’invalide pas l’intérêt du procédé, mais déplace le débat vers le seul terrain qui compte : les données.
Ce que le frottement fait à la peau
Sur ce point, les praticiens sont assez convergents. La peau périanale est fine et sensible, et l’essuyage répété, en particulier avec un papier sec et rugueux, produit des micro-irritations qui fragilisent la barrière cutanée. Les personnes qui s’essuient longuement, ou plusieurs fois par jour, s’exposent davantage à des rougeurs et à des démangeaisons.
Nettoyer à l’eau supprime cette friction. C’est l’argument principal en faveur de la douchette, et il est recevable. Mais il ne se traduit pas automatiquement par un bénéfice médical mesurable, comme le montre l’examen des travaux disponibles.

Plusieurs centaines de milliers d’arbres sont utilisés chaque jour dans le monde pour produire du papier toilette. En France, la consommation moyenne est d’environ 103 rouleaux (6,2 kg) par personne et par an, contre environ 11 à 13 kg en moyenne en Europe selon les estimations. © fcafotodigital, iStock
Ce que disent les études sur les problèmes de l’anus
Une revue systématique publiée en 2022 a rassemblé l’ensemble des travaux portant sur l’usage régulier de la douchette dans les pathologies bénignes de la région anale. Ses conclusions sont contrastées.
Sur les hémorroïdes, deux essais prospectifs et une étude transversale n’ont trouvé aucun effet de l’usage habituel de la douchette sur le risque d’en développer ou d’en aggraver les symptômes. En revanche, un essai randomisé a établi que le nettoyage à l’eau n’était pas inférieur au bain de siège pour soulager la douleur après une opération des hémorroïdes.
Sur le prurit anal, c’est-à-dire les démangeaisons persistantes, le résultat va dans l’autre sens : deux essais prospectifs et une étude transversale suggèrent que l’usage habituel de la douchette pourrait augmenter le risque d’en souffrir. Enfin, deux séries de cas rapportent des brûlures périanales liées à une eau trop chaude, et des fissures anales antérieures provoquées par un jet trop puissant et trop concentré.

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Une vaste enquête japonaise menée auprès de plus de 7 600 personnes, avec un suivi de trois ans, apporte une précision utile. Les utilisateurs de douchette déclarent plus souvent des hémorroïdes et des infections urologiques que les non-utilisateurs, mais l’analyse des nouveaux cas montre que la relation s’inverse : ce sont les personnes déjà gênées qui adoptent la douchette, et non la douchette qui provoque les troubles.
Le point de vigilance côté gynécologique
Un signal reste plus préoccupant. Une étude japonaise portant sur 268 femmes en âge de procréer a comparé leur flore vaginale selon leur usage des toilettes lavantes. La flore normale, dominée par les lactobacilles, était absente chez près de 43 % des utilisatrices, contre environ 9 % chez les non-utilisatrices.
L’enquête de suivi citée plus haut retrouve un résultat cohérent : le risque de développer une vaginose bactérienne apparaît plus élevé chez les utilisatrices de douchette, même si les auteurs soulignent que le nombre de cas reste trop faible pour conclure définitivement.
L’explication avancée tient à l’excès plutôt qu’au principe : un lavage trop fréquent, trop chaud ou dirigé vers l’avant peut appauvrir la flore protectrice. À cela s’ajoute un point d’hygiène rarement mentionné dans les argumentaires commerciaux : les buses de ces dispositifs peuvent héberger des bactéries, ce qui plaide pour les modèles rétractables ou autonettoyants et rend l’usage partagé peu recommandable en collectivité.
L’argument écologique, en ordre de grandeur
Le coût environnemental du papier hygiénique est réel. Un Européen en consomme en moyenne 13 kilogrammes par an, un Français environ 103 rouleaux, soit un peu plus de 6 kilogrammes. À l’échelle mondiale, le Fonds mondial pour la nature estime à 270 000 le nombre d’arbres utilisés chaque jour pour l’ensemble des produits ménagers en papier, papier toilette compris. La fabrication mobilise en outre de l’eau, de l’énergie et des agents de blanchiment.

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Une douchette consomme elle aussi de l’eau, en faible quantité à chaque usage, et n’élimine pas totalement le papier puisqu’un séchage reste nécessaire. Le gain existe donc, mais il se situe du côté de la réduction, pas de la suppression. Côté budget, la dépense annuelle en papier hygiénique se compte en dizaines d’euros par personne, ce qui relativise les promesses de rentabilité en quelques semaines.
Ce que suppose l’installation
Le principe des modèles non électriques est simple. Une platine plate se glisse entre la cuvette et l’abattant, que l’on dévisse puis revisse par-dessus. Un flexible relie l’ensemble au robinet d’arrivée d’eau des toilettes, via un adaptateur en T, ce qui demande une clé à molette et une arrivée d’eau accessible. Le dispositif fonctionne à la pression du réseau, sans électricité, et une molette latérale règle l’intensité du jet.

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Deux précautions pratiques valent d’être retenues. La pression doit rester faible, un jet trop fort étant précisément le facteur associé aux fissures rapportées dans la littérature. Et l’eau doit rester tiède, jamais chaude, pour écarter le risque de brûlure sur une zone peu sensible à la douleur thermique.
En cas de démangeaisons persistantes, de douleurs, de saignements ou de pertes inhabituelles, ces informations ne remplacent pas un avis médical : un médecin traitant, un proctologue ou un gynécologue reste le bon interlocuteur pour identifier la cause et adapter l’hygiène en conséquence.
Source:
www.futura-sciences.com




