« Je suis très inquiète au sujet de ma peinture. Comment la transformer pour qu’elle devienne utile au mouvement révolutionnaire communiste ? » Cette interrogation, que Frida Kahlo consigne dans son journal dans les années 1950, à la quarantaine passée, pourrait donner l’impression qu’elle s’éveille à la politique sur le tard, alors que celle-ci structure son existence dès ses débuts artistiques.
Un regard aiguisé sur le Mexique post-révolutionnaire
L’écrivain Gérard de Cortanze rappelle que dès ses 14 ans, Frida Kahlo exprime une forte curiosité pour les événements qui marquent son époque et fait part dans sa correspondance de son désir d' »apprendre des choses sur la Russie ». C’est grâce au groupe à tendance anarchiste des Cachuchas qu’elle fréquente dans sa jeunesse qu’elle rencontre la photographe italienne Tina Modotti, qui lui présente Diego Rivera et l’initie au communisme.
C’est à partir de ce moment-là que l’intérêt de Frida Kahlo pour la politique commence à se refléter dans ses toiles, comme dans L’autobus (1929), qui représente la société mexicaine post-révolutionnaire. « C’est un tableau très critique, qui pose la question : qu’est-ce qui a vraiment changé au Mexique depuis la Révolution ? Malgré de grandes campagnes d’alphabétisation et d’importantes transformations culturelles, Frida Kahlo montre que chaque groupe ethnique demeure associé à sa catégorie socio-économique. »
De sa liaison avec Trotski aux portraits de Marx et Staline
En janvier 1937, le couple Rivera-Kahlo accueille Trotski et son épouse Natalia Sedova, expulsés de Norvège où ils viennent de passer deux ans. Malgré leurs univers si différents, leurs âges respectifs, 22 ans et 58 ans, Léon Trotsky et Frida Kahlo vivent une passion amoureuse qui dure environ 6 mois, et qui sera déterminante pour la peintre, selon Gérard de Cortanze.
Vers la fin de sa vie, Frida Kahlo est de plus en plus préoccupée par la teneur politique de ses œuvres, comme l’illustre la toile Le marxisme donnera la santé aux malades, datée de 1954, qui représente un Karl Marx sauvant Frida Kahlo de son handicap, la libérant de ses béquilles et étranglant la tête d’un aigle représentant l’Oncle Sam, symbole du capitalisme. « Finalement, ce qui est intéressant, c’est que l’idéal politique, une sorte de mystique, va remplacer la foi religieuse », explique Gérard de Cortanze. « Les nouveaux saints sont Marx, Lénine et Staline. » Celui-ci sera d’ailleurs le sujet du dernier autoportrait de Frida Kahlo, retrouvé inachevé sur son chevalet après sa mort, en 1954.
ouvrir crédits photoSons diffusés pendant l’émission :
Extraits de la série « Des ailes de mouette noire : portrait en miroir de Frida Kahlo » réalisée par Laure Egoroff pour France Culture en 2014 ; lectures par Odja Llorca et Odille Lauria ; traduction de Christilla Vasserot pour les éditions Christian BourgoisChanson de fin : Jupiter & Okwess, ft. Mare Advertencia, Orgullo

Pour aller plus loin :
Gérard de Cortanze est l’auteur de nombreux romans sur Frida Kahlo, dont le plus récent, Viva Frida, est paru aux éditions Lattès en 2022 ainsi qu’en Poche ; son roman Moi, Tina Modotti, heureuse parce que libre est paru aux éditions Albin Michel en 2020
Source:
www.radiofrance.fr




