Une jeunesse en quête de liberté, des fêtes qui échappent au contrôle des autorités et une nouvelle drogue qui semble réconcilier tout le monde. Nous ne sommes pas dans le San Francisco hippie de l’été 1967, mais bien dans l’Angleterre de Margaret Thatcher. En cette année 1988, une révolution culturelle est en marche. Dans les clubs de Londres, de Manchester et de Sheffield, il se murmure même qu’on est en train de vivre un second « Summer of Love ».
Mais cette fois-ci, pas de fleurs dans les cheveux ni de Woodstock. On vibre au rythme de musiques électroniques importées de Chicago et de Detroit, et on carbure à l’ecstasy pour danser jusqu’au bout de la nuit.
Chicago-Ibiza-Londres : le triangle de l’acid house
En réalité, le second « Summer of Love » débute dès 1987, lorsque quatre amis DJs (Paul Oakenfold, Nicky Holloway, Johnny Walker et Danny Rampling) reviennent d’une escapade à Ibiza, les valises remplies de nouvelles sonorités. Sur l’île espagnole, ils ont écumé les sets de balearic beat à l’AmnesiaOuverture dans un nouvel onglet, une ancienne ferme transformée en club, et dansé accompagnés des disques joués par le DJ Alfredo Fiorito, monument ibizien et passeur de sons très alerte sur les nouveautés musicales venues d’outre-Atlantique. Depuis quelques temps, Fiorito a ajouté à sa playlist très funk des morceaux plus électro qui donnent à ses performances une couleur unique et éminemment festive.
Une fois rentré, Danny Rampling, l’un des quatre comparses, ouvre son propre lieu de fête qu’il baptise The Shoom. Encore enivré de son voyage hispanique, il veut prolonger la fête sur le sol britannique. Situé à Southwark dans une ancienne salle de sport, le club devient rapidement l’un des laboratoires culturels de la scène underground.
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Une jeunesse nouvelle s’y abandonne aux rythmes du balearic beat, de la techno de Detroit et surtout de l’acid house, venue de Chicago et reconnaissable à son son caractéristique, produit par le synthétiseur Roland TB-303.Ouverture dans un nouvel onglet
ouvrir crédits photoUne nouvelle manière de faire la fête
Bientôt, c’est le terme d’acid houseOuverture dans un nouvel onglet qui finit par désigner tout le mouvement. Plus qu’un genre musical, il incarne un état d’esprit : celui du mélange, de la communion et d’une nouvelle manière de faire la fête. En quelques mois, des soirées et des clubs d’acid house (The Trip, Spectrum) fleurissent aux quatre coins du pays pour accueillir des clubbers en quête de nouveaux espaces de liberté.
Aux environs de Londres, le collectif Genesis’88 prend d’assaut l’extérieur de la M25 (le périphérique londonien) pour organiser ses soirées « World Dance », tandis qu’à Manchester on se retrouve à l’Haçienda, club mythique de la période « Madchester ». Enfin, à Sheffield, c’est au Jive TurkeyOuverture dans un nouvel onglet qu’il faut se rendre pour prendre le pouls du mouvement.
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« La MDMA a fait plus pour le multiculturalisme qu’aucun gouvernement »
Dans une Angleterre marquée par le chômage, l’épidémie de sida, les grèves ouvrières et près d’une décennie de thatchérisme, l’acid house offre un sentiment de communauté à toute une génération. Étudiants, ouvriers, skinheads, punks ou hooligans… Sous l’effet de l’ecstasy, les barrières sociales semblent s’effacer le temps d’une nuit blanche. « La MDMA a fait plus pour le multiculturalisme qu’aucun gouvernement », ironisera plus tard l’organisateur de ravesOuverture dans un nouvel onglet Wayne Anthony.
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La fête est finie ?
À l’été 1988, l’acid house est devenue un phénomène de masse et les tabloïds s’emballent. D’abord fascinée, la presse se montre rapidement très critique.
ouvrir crédits photoAu 10 Downing Street, l’inquiétude grandit. Le gouvernement britannique mène en réalité déjà une politique de contrôle du monde de la nuit. Malgré l’obligation de fermer les bars et les clubs à 2 h du matin, la fête ne faiblit pas. Elle quitte les centres-villes pour s’installer en périphérie et à la campagne, investissant des hangars, des entrepôts — les fameuses warehouses — mais aussi des fermes et des champs. Sur ces nouveaux terrains d’expression naissent les rave parties, des rassemblements qui se prolongent parfois pendant plusieurs jours.
« Les DJ étaient idolâtrés, mais la véritable star restait la foule elle-même. Les raves étaient des fêtes de collectivité anonyme, où la conscience de soi individuelle se dissolvait dans une ambiance tribale. » – Simon Reynolds, critique musical

Plus libre, plus clandestine : quand la rave devient free
À mesure que le mouvement grandit, son esprit se transforme : à la ferveur collective des débuts succèdent des logiques commerciales et une surveillance accrue des autorités. Certains clubs ferment tandis que d’autres soirées se poursuivent dans la clandestinité. En 1990, l’acid house connaît un nouveau revers avec la promulgation de l’Entertainment (Increased Penalties) Act, qui prévoit des amendes pouvant atteindre 20 000 livres sterling pour l’organisation de raves ou de fêtes illégale, puis du « Criminal Justice and Public Order Act » en 1994, qui interdit tout rassemblement festif autour d’une musique répétitive.
Pour les clubbers de la première heure, la fête n’a plus tout à fait le même goût. Certains exportent alors la culture rave à travers l’Europe. D’autres cherchent à retrouver son esprit originel dans la clandestinité et s’échappent dans le mouvement des free parties. Mais ça, c’est une autre histoire.


Pour aller plus loin
Luke Bainbridge, The True Story of Acid House: Britain’s Last Youth Culture Revolution, Omnibus Press, 2014Simon Reynolds, Energy Flash : a Journey Through Rave Music and Dance Culture Faber & Faber, 1998Darren Emerson, Danny Howells et Dave Seaman, The history of acid house in 100 tracks, Mixmag, 201824 Hour Party People réalisé par Michael Winterbottom (2002)
Source:
www.radiofrance.fr




