Nous sommes en 1933 à Montgomery en Alabama. Dans une église baptiste noire, une jeune africaine-américaine est en train de prier. Usée par sa journée de travail, elle se repose au frais. Elle s’appelle Rosa Parks. Elle a 20 ans.
Multiplier les petits emplois
Depuis plusieurs années, la Grande Dépression frappe les États-Unis. Ses conséquences se font d’abord ressentir sur la population africaine-américaine. Rosa a dû arrêter les études avant la fin de son lycée. Sa grand-mère, puis sa mère étaient malades. Qui d’autre qu’elle et son frère pour s’occuper de ces deux femmes ? Pour subvenir aux besoins de sa mère, Rosa travaille durement sept jours sur sept. Elle fait des allers-retours entre la ferme familiale et son emploi de domestique auprès d’une famille blanche. La gérante la paye 4 dollars par semaine. 4 dollars. Pas beaucoup. On survit comme on peut.
Résister par tous les moyens
Dans le petit appartement de Montgomery, un jeune homme l’encourage à reprendre ses études. Il s’appelle Raymond Parks. Rosa l’a rencontré par l’intermédiaire d’une amie. Ils sont tombés amoureux puis se sont mariés. Raymond travaille comme barbier dans le centre de Montgomery. Mais en plus de tailler des moustaches, il y fait circuler sous le manteau des journaux consacrés aux Africains-Américains. Une presse étroitement surveillée dans l’Amérique ségrégationniste. Rosa a l’habitude de rejoindre Raymond à son travail. Il l’inspire. À Montgomery, il fait partie des activistes noirs les plus importants. Quand ils rentrent le soir, le couple roule dans une voiture Nash, rouge vive, normalement prisée par la classe moyenne blanche. Chaque détail compte dans cette résistance.
L’affaire des Scottsboro Boys
Depuis plusieurs mois, une discussion revient sans cesse lors des dîners. Raymond est révolté par l’affaire Scottsboro. Deux ans plus tôt, neuf jeunes Africains-Américains sont arrêtés en Alabama, accusés à tort d’avoir violé deux femmes blanches à bord d’un train de marchandises. Ils risquent la chaise électrique. L’affaire scandalise le jeune couple. Dans ce train, cela aurait pu être eux. Chaque semaine, Raymond vient en aide à ces jeunes condamnés. Il leur rend visite à la prison et leur apporte des repas. Membre du Comité national pour la défense des “Scottsboro Boys”, il tente de lever des fonds pour assurer leur défense juridique. Certains soirs, elle participe aux réunions secrètes du Comité qui se tiennent souvent… au beau milieu de leur salon ! Quelques militants débarquent sans prévenir, posent leurs armes sur la table, puis l’on discute du prochain plan. S’ils se font surprendre, c’est la répression immédiate.
Les mois passent. Rosa aimerait finir ses études secondaires. Bien sûr, le jeune couple ne gagne pas bien sa vie. Mais Raymond l’encourage à nouveau à reprendre cette voie. Rosa retourne en classe au côté d’élèves plus jeunes qu’elle. Cette année-là, elle est l’une des rares africaines-américaines de Montgomery à obtenir son diplôme de fin d’études.
Au contact de son mari militant, Rosa Parks se politise peu à peu. L’affaire Scottsboro est la matrice de ses futurs engagements. La jeune diplômée prend conscience de l’injustice du système judiciaire. Bientôt, elle ne cédera pas sa place quand on lui demandera de la laisser à un blanc.
Source:
www.radiofrance.fr




