Un disque radical retrouve une nouvelle circulation. « Comme à la radio », album de Brigitte Fontaine enregistré en 1970 avec Areski Belkacem et l’Art Ensemble of Chicago, fait l’objet d’une réédition par le label parisien Wewantsounds. Plus qu’un retour au catalogue, cette parution remet en lumière une œuvre située à la frontière de la chanson française, de la poésie dite et du jazz d’avant-garde.
L’album occupe une place singulière dans le parcours de Brigitte Fontaine. Sa force tient à un équilibre rare : une voix qui refuse les formats établis, une écriture directe, parfois abrasive, et un accompagnement qui ne sert pas seulement de décor sonore. La présence d’Areski Belkacem et de l’Art Ensemble of Chicago inscrit l’enregistrement dans un espace musical ouvert, où la parole, le rythme et l’improvisation dialoguent sans hiérarchie apparente. Cette rencontre donne au disque une identité immédiatement reconnaissable, éloignée des conventions de la chanson de son époque.
La réédition intervient dans un contexte où les catalogues patrimoniaux sont de plus en plus relus à travers leur portée artistique et politique. « Comme à la radio » appartient à ces œuvres dont la contestation ne repose pas sur un seul slogan, mais sur une manière de déplacer les formes. Le disque met en tension le texte, le souffle, le silence et les ruptures instrumentales. Cette construction reste une référence pour comprendre comment une artiste issue de la scène francophone a pu ouvrir un passage entre culture populaire, expérimentation et prise de parole critique.
Pour Wewantsounds, spécialisé dans la remise en circulation d’enregistrements marquants, cette réédition confirme aussi l’intérêt durable porté aux œuvres hybrides, longtemps difficiles à classer. Le retour de « Comme à la radio » permet à un nouveau public d’aborder un album qui échappe aux catégories simples, tout en rappelant son importance dans l’histoire récente de la musique française. Cinquante ans après son enregistrement, il demeure un objet de recherche sonore autant qu’un témoignage sur une période où les frontières entre art, parole et engagement étaient vivement interrogées.






