Pendant des années, « souveraineté numérique » était le leitmotiv des discours à Bruxelles. Les chiffres viennent de rattraper les mots : près d’un Français sur deux se dit désormais prêt à payer un peu plus cher pour s’en approcher.
En dix ans, depuis les révélations de Snowden en 2013 jusqu’à l’entrée en vigueur du RGPD et aux amendes record infligées aux géants de la tech, la question de la souveraineté numérique a progressivement quitté les couloirs de Bruxelles pour s’installer dans le débat public. Un rapport publié hier par la Commission européenne en mesure désormais les contours chiffrés.
83% des Français veulent réduire leur dépendance aux fournisseurs américains
L’Eurobaromètre Digital Decade 2026 dresse un tableau sans ambiguïté : 83% des Français pensent que l’UE devrait réduire ses dépendances numériques vis-à-vis des pays tiers (dans les faits, le marché mondial du cloud reste très largement dominé par des acteurs américains : AWS, Microsoft Azure et Google Cloud en tête). 72% estiment que la politique numérique devrait être une priorité haute ou très haute pour l’Union.
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Dans ce tableau, un chiffre sort du lot : 49% des sondés se déclarent prêts à basculer vers un fournisseur de services numériques basé en Europe, même si cela coûte un peu plus cher. Nuance à ne pas effacer : le sondage précise que le surcoût envisagé reste léger, pas un chèque en blanc, et il s’agit d’une intention déclarée, pas forcément d’un comportement d’achat. C’est quand même le genre de chiffre que les institutions européennes vont citer dans leurs discours pendant la prochaine décennie.
Avoir envie de partir et savoir où aller, c’est une autre histoire
Quelques données pour calibrer l’ambition : l’Union européenne représente aujourd’hui 9% de la production mondiale de semi-conducteurs, pour une cible de 20% en 2030 (soit 44% de l’objectif atteint à ce jour). Les entreprises françaises, elles, ne brillent pas côté adoption numérique : 36,5% d’entre elles utilisent des services cloud, contre 46,7% en moyenne dans l’Union. Ce qui peut s’interpréter dans les deux sens : méfiance structurelle envers les acteurs américains, ou simple retard de digitalisation.
Pour le grand public en quête d’alternatives, le paysage européen s’étoffe mais sans vraiment s’imposer. OVHcloud porte depuis des années le flambeau du cloud souverain côté professionnel, et des suites bureautiques open source comme Nextcloud gagnent du terrain dans certaines administrations françaises. La France dispose d’atouts réels : un écosystème IA parmi les plus dynamiques d’Europe et d’importantes dotations publiques engagées pour les data centers. Sauf que pour le particulier lambda (celui qui répond aux sondages), nommer une alternative crédible à Google Photos, à Outlook ou à iCloud reste un exercice qui bloque souvent à la deuxième phrase.
Le fossé se mesure à l’ampleur des chantiers qui restent : accélérer l’adoption de l’IA par les PME, combler un déficit en spécialistes IT préoccupant (4,9% de l’emploi actuellement, pour une cible de 10%), investir massivement dans les infrastructures. Et ce, alors que près de la moitié des budgets publics inscrits dans les feuilles de route nationales Digital Decade devraient s’épuiser d’ici fin 2026. Autant de prérequis à boucler avant d’espérer peser face à la Silicon Valley.
Un Français sur deux se dit prêt à voter avec son porte-monnaie pour le numérique européen. Encore faudra-t-il que ce numérique-là soit au rendez-vous.
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Source :
Eurobaromètre Digital Decade 2026
Source:
www.01net.com



