PolitiqueFigures politiquesAprès la démission d’Élisabeth Borne, du rififi chez Renaissance pour Gabriel Attal

Après la démission d’Élisabeth Borne, du rififi chez Renaissance pour Gabriel Attal

Départ, désaccords stratégiques… Le secrétaire générale fait face à des divisions internes au sein de son parti, à l’approche de son entrée officielle dans la course à la présidentielle.

En annonçant ce mercredi matin sa démission du conseil national de Renaissance, Élisabeth Borne vient bousculer la stratégie de Gabriel Attal, qui avait amorcé sa mise en orbite vers l’Élysée. « Je ne me retrouve pas complètement dans la ligne, qui n’est pas forcément débattue au sein de Renaissance », a déclaré l’ancienne Première ministre au micro de France Inter, tout en expliquant rester adhérente du parti. Beaucoup, en interne, s’attendaient à ce qu’elle quitte ses fonctions. L’ex-préfète devenue députée du Calvados, qui vient de publier un nouvel ouvrage, Réveillons-nous (Éditions Robert Laffont) n’était en effet pas très investie au sein du conseil national, instance dont elle avait obtenu les clés après avoir retiré sa candidature pour prendre la tête du parti en 2024.

Depuis, elle a snobé plusieurs événements de Renaissance, comme La Nuit de la République de janvier dernier, déplorant que le parti se transforme « en agence de com de Gabriel Attal » et se verrouille au service des ambitions du trentenaire. Lundi 5 mai, le bureau exécutif de Renaissance a avalisé les deux options qui seront mises au vote le 12 mai pour trancher le mode de désignation entre la candidature du chef du parti et l’organisation d’une primaire. Un choix dont l’issue ne fait guère de doute, au vu des conclusions d’un rapport de consultation des militants, qui enterre à demi-mot l’hypothèse d’un scrutin interne.

« C’est un parti bonapartiste ! », a dézingué le député Guillaume Gouffier Valente. « Les désignations par acclamation, ce n’est pas mon truc ! », a ajouté en substance l’ancien parlementaire macroniste Jean-Baptiste Moreau, qui plaide pour une primaire dont il concède qu’elle ne verra jamais le jour. « Un parti, ce n’est pas un fan-club. On doit avoir des échanges, on ne doit pas juste cirer les pompes du secrétaire général. Je n’ai rien contre Gabriel. Il a du talent, c’était un très bon porte-parole du gouvernement. Mais, politiquement, je ne sais pas où il est. Je ne suis pas sûr que ce soit automatiquement le meilleur candidat possible », développe-t-il auprès du Point.

« C’est Wauquiez sans la parka »

Dans le sillage d’Élisabeth Borne, le front anti-Attal peut-il grossir ? Parmi les cadres, la ministre Aurore Bergé et la présidente de l’Assemblée nationale sont de celles qui ne cachent pas leurs réserves. Lors du vote de lundi, il y a eu 60 voix pour et seulement trois abstentions. Comme dans tous les partis, il y a des débats mais les chiffres parlent d’eux-mêmes. Il n’y a pas tant de divisions que cela », temporise-t-on chez les proches de Gabriel Attal. Mais cette séquence a redonné de l’écho aux critiques le visant, sur son obsession des coups médiatiques et des calculs politiques calibrés pour l’opinion.

« La surcommunication crée chez lui un problème de sincérité. C’est Wauquiez sans la parka ! Attal doit produire une vision qui ne soit pas un empilement de sondages », analyse un conseiller du président. En outre, son livre, riche en confessions personnelles, est tombé des mains de certains membres de Renaissance. « Cosette chez les riches ! », raille l’un. « Attal n’est pas vertébré. Les bouquins de Le Maire et d’Attal, il n’y a rien à voir. Bruno Le Maire a une plume, des idées ! », enfonce un autre, macroniste des débuts qui se dit « inquiet et désabusé ». « Tout cela ne m’enthousiasme pas, ajoute-t-il. Car cela nous prépare au duel entre Jean-Luc Mélenchon et Le Pen/Bardella. Comment Attal peut-il penser que les gens vont élire un second Macron ? »

Le meeting du 30 mai, porte de Versailles, pensé comme l’intronisation de Gabriel Attal et le lancement de sa campagne, risque d’être parasité par des défections et des clivages désormais exposés au grand jour. « Il y aura une déperdition des chapeaux à plume qui ne veulent pas se retrouver derrière Attal », anticipe Jean-Baptiste Moreau, qui assure rester loyal à son parti. D’autres sont prêts à lâcher Gabriel Attal le moment venu pour garnir les rangs d’Édouard Philippe, candidat Horizons. Les proches du maire du Havre s’attendent d’ailleurs à ce qu’Élisabeth Borne, « sa pote de gauche », finisse par le soutenir officiellement.

« On sent un vent pro-Philippe chez nos élus », note un élu macroniste, qui déplore la précipitation de Gabriel Attal. Quand il multiplie les annonces sur le Code du travail ou la retraite par capitalisation, son rival Édouard Philippe joue la carte de la procrastination, estimant que rien n’imprimera dans l’opinion avant l’automne. « Attal est challenger, donc il vide son flingue et ses cartouches. Mais aura-t-il d’autres trucs en réserve quand il faudra accélérer et tuer le match ? » s’interroge un cadre d’Horizons. Une fragilité supplémentaire.


Source:

www.lepoint.fr

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