Une pétition est en ligne (plus de 4 300 signatures à ce jour). De nombreux médias, dont Beaux Arts, ont relayé l’affaire, soulignant la brutalité de la décision de la mairie de Saint-Nazaire : après des travaux de rénovation prévus en 2027, le Grand Café ne rouvrira pas ses portes. Pile à temps pour son trentième anniversaire, il cédera la place à un projet associatif ou privé autour de la photographie, qui reste à définir avec un appel à manifestation d’intérêt… Et ne sera donc plus financé par la municipalité, mais par l’opérateur lui-même – ce qui révèle probablement le nœud du problème, quoique la mairie ne l’ait pas affirmé.
Quelques jours seulement après cette annonce tonitruante, Sophie Legrandjacques dévoilait à la presse la nouvelle (et avant-dernière) exposition du Grand Café, centre d’art qu’elle dirige et dont nous saluons régulièrement dans nos pages la justesse de la programmation, avec, récemment, de très belles expositions de Noémie Goudal ou de Stéphane Thidet. L’émotion était de mise, donc, pour cette visite en trois salles de l’œuvre de Nefeli Papadimouli (née en 1988). Cette jeune artiste d’origine grecque est déjà bien implantée sur la scène française, puisqu’elle a marqué les dernières éditions de la Biennale de Lyon et d’Un été au Havre, ville portuaire où ses voiles monumentales assorties de performances ont fait sensation.
Une exposition évolutive
Portrait de Nefeli Papadimouli
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Petite-fille d’un couturier et d’une modéliste, l’artiste raconte dans un sourire que la première chose qu’elle ait appris à faire, « c’est coudre des boutons » : « Ma grand-mère ne voyait pas bien, elle me demandait de mettre le fil dans le chas de l’aiguille. » En 2013, elle décroche un diplôme d’architecture de l’Université polytechnique d’Athènes, qu’elle complète ensuite, en France, d’un passage par les Beaux-Arts de Paris en 2016 et par Le Fresnoy de Tourcoing en 2024. C’est le confinement, en 2020, qui la rappellera à la pratique de la couture, pour laquelle elle va se perfectionner seule. Si ses toiles ont l’air teintes, elles sont en réalité peintes au pinceau, et apparaissent autant comme des sculptures textiles que des œuvres pleinement picturales.
Au Grand Café, la jeune femme a voulu envisager son exposition « comme un jardin », et la veut « en évolution », vivante au fil des jours. En accord avec les médiateurs, on peut toucher certaines œuvres, voire même les modifier, les porter sur soi.
Des installations textiles qui réinventent la ville
Dans la plus grande salle du rez-de-chaussée, Lignes de désir s’inspire de ces chemins que tracent les usagers dans la ville en dehors des voies toutes tracées, et s’incarne en une immense installation textile qui serpente dans l’espace. Suspendus, les pans de tissu cousus peuvent être détachés par les visiteurs, puis assemblés en costumes à porter sur soi, le temps de la visite de l’exposition. « Il faut être minimum deux pour le faire », souligne l’artiste, qui veut mettre à l’honneur des gestes d’entraide et de soin.

Exposition « Garden of Commons » (2026) de Nefeli Papadimouli au Grand Café – centre d’art contemporain de Saint-Nazaire
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© Nefeli Papadimouli, ADAGP, Paris, 2026 / photo : Fanny Trichet
La question du commun est probablement celle qui la préoccupe le plus. Dans la première salle, beaucoup plus petite, elle réussit l’exploit de faire apparaître une « forêt » d’immeubles de Saint-Nazaire et des environs, liés à l’histoire des luttes et contre-cultures – dont une façade marquée par la Commune à Nantes, et une autre de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Molletonnés comme des manteaux, ces « bâtiments mous » deviennent sous ses doigts experts des « ruines réconfortantes », décrit-elle, marqués par des moments où « le peuple revendique ses droits ». Des lanières courent sur le sol ; elles indiquent la possibilité de relier entre elles ses façades pour faire apparaître une autre ville, active, où le corps urbain s’insurge.

Exposition « Garden of Commons » (2026) de Nefeli Papadimouli au Grand Café – centre d’art contemporain de Saint-Nazaire
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© Nefeli Papadimouli, ADAGP, Paris, 2026 / photo : Fanny Trichet
Nefeli Papadimouli souligne également son attachement aux archives, dans lesquelles elle se plonge pour concevoir ses œuvres (comme ses architectures élastiques, donc), mais aussi celles qu’elle collecte de ses propres performances passées. À l’étage, dans l’ancienne salle de bal du Grand Café, elle fait ainsi défiler des costumes que l’on aura pu voir lors de ses performances au Havre en 2025 ou à Ivry en 2023.
Faire communauté
Pour ces « rituels », l’artiste crée des chorégraphies inspirées de danses vernaculaires ou folkloriques aux « gestes accessibles ». Des partitions de ces danses sont accrochées au mur, sublimes compositions géométriques de traits tout simples. Elle invite systématiquement des inconnus, et non des danseurs professionnels, à participer.

« Dream Coat » (2024) de Nefeli Papadimouli lors de la 9e Biennale d’Art Asiatique à Taiwan en 2024
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© Nefeli Papadimouli, ADAGP, Paris, 2026 / Dawn Dance Theater / photo : Yei Wei-Chen
En formant une « grande communauté », une « société nouvelle », ces performances dessinent une « cartographie relationnelle » entre les corps. Chaque spectacle « représente la réalité de notre société », et ces costumes bigarrés la diversité des corps et des existences. Faire communauté, selon Nefeli Papadimouli, c’est donc s’entraider, lutter pour ses droits, danser ensemble.
Prochaine étape ? Le 3 octobre prochain, l’artiste entraînera des habitants de Saint-Nazaire dans une grande parade jusqu’au toit de l’ancienne base sous-marine, où se tiendra le deuxième chapitre de son exposition. Chacun sera invité à revêtir les costumes de l’installation Lignes de désir, et à faire partie de la « communauté » pleine de joie qu’elle initie. De quoi retrouver le sourire en cette période bien sombre pour l’art contemporain à Saint-Nazaire.
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Nefeli Papadimouli. Garden of Commons
Du 13 juin 2026 au 18 octobre 2026
www.grandcafe-saintnazaire.fr
Le Grand Café – Centre d’art contemporain de Saint-Nazaire • 2 Place des 4 Z’horloges • 44600 Saint-Nazairewww.grandcafe-saintnazaire.fr
Source:
www.beauxarts.com



