MondeAu Mali, un nouveau degré dans la descente aux enfers

Au Mali, un nouveau degré dans la descente aux enfers

En janvier 2013, François Hollande avait envoyé au Mali les soldats français de l’opération « Serval » à la demande du gouvernement de ce pays, menacé par l’avancée des djihadistes sur Bamako. La prise du pouvoir par les islamistes fut alors empêchée. Mais le gouvernement déconsidéré de ce pays immense et pauvre, en proie aux assauts conjoints des combattants affiliés à Al-Qaida et, à partir de 2015, au groupe Etat islamique, succomba au coup d’Etat militaire de 2020.

Depuis lors, la prétention d’Assimi Goïta, actuel chef de l’Etat autoproclamé, de restaurer la sécurité avec l’aide de supplétifs russes de Groupe Wagner puis d’Africa Corps après l’expulsion des Français en 2022, s’est heurtée à l’enracinement des djihadistes et au renforcement de leurs capacités militaires.

Treize ans après « Serval », le Mali vit à nouveau dans les affres d’une avancée des djihadistes vers le pouvoir depuis que, le 25 avril, le Groupe de soutien de l’islam et des musulmans, affilié à Al-Qaida, et les indépendantistes du Nord du Front de libération de l’Azawad mènent une offensive conjointe qui leur a permis de s’emparer de Kidal et de menacer Bamako. La fuite humiliante des mercenaires russes de Kidal marque l’échec de Moscou.

Jamais le risque de l’établissement d’un califat, au moins dans le nord du pays n’a été aussi fort. Jamais l’impression de gâchis n’a été aussi pesante. Pour les Maliens d’abord, dont les traditions d’ouverture et de tolérance sont menacées par l’imposition de la charia avec son cortège d’insupportables régressions pour les femmes – longtemps très actives sur les plans politique, social et économique – et la société tout entière. Mais aussi pour les amis de ce pays, proche de la France par son histoire et par les innombrables liens tissés au travers de l’immigration, qui assistent impuissants à ce nouveau pas dans sa descente aux enfers.

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Les événements actuels résultent de l’accord formellement conclu voici un peu plus d’un an entre les tenants de deux causes : l’indépendance du nord du Mali, largement désertique et historiquement dominé par les Touareg, et la volonté violente de soumettre l’Etat à une version radicale de l’islam. Ces deux tendances, consolidées par l’afflux de combattants rendus oisifs par la chute, en 2011, du dictateur libyen Kadhafi qui les avait mis à son service, alternent entre connivence et affrontement. Imprévisible, la durée de leur alliance actuelle va peser sur le sort du Mali.

La cause profonde de ces déchirements, que des milliers de civils maliens ont déjà payés de leur vie, réside dans l’impéritie de l’Etat malien et de son armée dont le haut degré de corruption fait le jeu des rebelles. L’impuissance de l’Etat, de longue date, à assurer la sécurité, la santé et à rendre la justice, son incapacité à associer pleinement les communautés du Nord au pouvoir, apparaissent comme les premiers facteurs de la prise de contrôle progressive des djihadistes. Il est plus que temps pour la France et pour la communauté internationale, qui ont longtemps fermé les yeux sur ces réalités, de tirer un bilan honnête de leur échec.

Mais les derniers responsables en date de la catastrophe sont les militaires putschistes maliens. Non contents de supprimer ou d’emprisonner les opposants, d’interdire les partis politiques et le travail des journalistes, ils ont financé des mercenaires russes et alimenté une dérive guerrière sanglante et sans issue, alors que seule une solution politique peut permettre de sortir le Mali de l’impasse.

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Le Monde


Source:

www.lemonde.fr

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