Difficile d’imaginer l’histoire du design sans la silhouette rebondie de la « Mushroom Chair » ou les courbes organiques de la « Tongue Chair ». Pourtant, réduire Pierre Paulin à ces quelques icônes serait passer à côté de l’essentiel.
C’est tout l’enjeu de cette exposition, la première que le musée Fabre consacre au design du XXe siècle. « Pierre Paulin a accompagné l’essor du design en France durant plus d’un demi-siècle. C’était une figure exigeante et visionnaire », explique Florence Hudowicz, conservatrice en chef du patrimoine et commissaire de l’exposition.
Le design, utile avant d’être joli
Pierre Paulin voulait être sculpteur. Une blessure à la main l’oriente, à la fin des années 1940, vers l’école d’Art et de Techniques à Paris, ancêtre de l’école Camondo, au moment où l’on parle encore de « décorateurs ». Dans une France en reconstruction, le mobilier devient pour lui un terrain d’expérimentation. « Il a toujours voulu être au service du public », souligne Florence Hudowicz. Pour lui, le design ne relève ni du luxe ni du geste artistique : « Le meuble doit être d’abord utile à celui qui s’en sert et confortable. S’il y a de la poésie… c’est tant mieux… mais c’est en plus. »
Pierre Paulin, Fauteuil 582 dit Ribbon Chair, 1964
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Bois moulé laqué, tube d’acier cintré, mousse de latex moulée, tissu extensible jersey • © Les Arts Décoratifs / photo : Jean Tholance
Grâce aux tissus extensibles en jersey, aux mousses préformées issues de l’automobile et aux structures tubulaires héritées du Bauhaus, il révolutionne la conception des sièges. La rencontre avec l’éditeur Thonet, puis avec le fabricant néerlandais Artifort en 1958, change tout. C’est là que les formes basculent, plus organiques, comme affranchies de toute contrainte. En 1967, plusieurs de ses créations entrent dans les collections du MoMA de New York. Une reconnaissance internationale pour un designer qui n’a pas encore 40 ans.

Pierre Paulin, Étude pour sièges, vers 1959
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Dessin • © Pierre Paulin / Centre Pompidou, MNAM- CCI, Dist. GrandPalaisRmn / photo : Georges Meguerditchian
« Le meuble doit être d’abord utile à celui qui s’en sert et confortable. S’il y a de la poésie… c’est tant mieux… mais c’est en plus. »
Aujourd’hui encore, ces pièces semblent indissociables de l’esthétique pop. Une étiquette que Paulin rejetait volontiers. « Pop, moi, c’est ridicule », lançait-il. Son fils Benjamin Paulin le rappelle : « Ce qui l’obsédait, c’était d’améliorer le quotidien. Ses grands modèles, c’étaient les Eames, les Aalto. » L’exposition montre d’ailleurs combien son ambition dépassait le dessin d’objets singuliers. Très tôt, Pierre Paulin pense en termes d’environnements, d’usages et d’expériences.
S’immerger dans des œuvres totales
Clou de la visite, la reconstitution du fumoir de l’Élysée, conçu en 1969 pour Georges et Claude Pompidou. Démonté après l’arrivée de Valéry Giscard d’Estaing à la présidence, l’ensemble est resté plus de 50 ans dans les réserves du Mobilier national. Restauré pour l’occasion, il est présenté ici pour la première fois depuis 1974.

Pierre Paulin, Fumoir du Palais de l’Élysée, 1969–1972
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© Collection du Mobilier national / photo : Pierre Berdoy
Imaginez une vaste tente de près de quatre mètres de haut, où banquettes et chauffeuses dessinent un espace enveloppant, baigné d’une lumière tamisée. « Un cocon dans lequel se lover. Une œuvre d’art totale », résume Florence Hudowicz. En contrepoint, le Vidéo Barnum (1985), jamais réalisé du vivant du designer, déplace encore la logique. Ce vaste tapis-siège sonore invite le visiteur à s’allonger et à éprouver le design comme sensation.
La rétrospective éclaire aussi les dernières décennies de sa carrière. Installé dans les Cévennes à partir de 1992, Paulin opère un virage inattendu : marqueterie, bois, références aux formes antiques ou au XVIIIe siècle. Comme si, après avoir imaginé le futur, il revenait fouiller le grand style français.

Installation Vidéo Barnum, août 2024
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© Courtesy Paulin, Paulin, Paulin / photo : Goldie Williams
Une drôle de trajectoire, au fond. Parti des mousses préformées et des tubes de métal pour révolutionner le siège, puis l’espace entier, du sol au plafond, Pierre Paulin a fini par revenir aux sources. Un musée consacré à son œuvre doit voir le jour en 2027 dans le Gard, sur la propriété familiale. L’avenir, décidément, lui appartient.
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Le design selon Pierre Paulin (1927-2009)
Du 27 juin 2026 au 1 novembre 2026
www.museefabre.fr
Musée Fabre • 39 Boulevard Bonne Nouvelle • 34000 Montpellierwww.museefabre.fr
Source:
www.beauxarts.com



