Appelons-le le Trump de la cité médiévale. Le tout nouveau maire de Carcassonne, fan du golfeur de Mar-a-Lago, en s’installant dans le siège de l’édile en chef de la ville, a frappé un grand coup. Il a imité son idole sans vergogne. Coup de pub assuré sur les réseaux sociaux.
Sous une pluie d’applaudissements de ses fidèles du RN, Christophe Barthès a signé, devant les caméras, un arrêté municipal anti-mendicité en exhibant fièrement le document paraphé, à la mode Trump. Ridicule ? Pas vraiment. Plutôt inquiétant. Dans la forteresse qui abrita un temps les insurgés cathares, désormais les clochards et autres demandeurs d’aumône sont prévenus : les mains tendues aux touristes, c’était avant.
Aujourd’hui, le maire RN veut de la propreté. Les gueux doivent rentrer chez eux et se faire oublier. Les « ICE » ne sont pas encore sur le terrain, mais qui sait ? Dans la foulée, Christophe Barthès, paysan viticulteur, qui fut un temps un disciple de Charles Pasqua, a fait retirer le drapeau de l’Union européenne de la façade de l’hôtel de ville.
Climatosceptique en diable
Dans le brouhaha et les provocations organisées dans certaines mairies conquises par LFI, on aurait presque oublié l’arrivée au pouvoir spectaculaire du RN dans de nombreuses villes moyennes du pays. Et aussi l’idéologie portée par ces élus, si sages pendant un temps, et qui, soudainement, enivrés par leur succès, lâchent du lest.
À 60 ans, Christophe Barthès est l’exemple type de ces militants à qui on avait demandé de ne pas ruer dans les brancards, de la jouer profil bas, selon la fameuse stratégie de la cravate, imposée par Marine Le Pen. Climatosceptique en diable, Barthès est un militant à l’ancienne. Il a une ligne intangible : jouer le bon sens paysan contre le catastrophisme des scientifiques, selon ses propres mots.
Le dérèglement climatique ? L’homme n’y est pour rien, assène-t-il. Il est aussi une vieille connaissance de Sandrine Rousseau qu’il côtoie à l’Assemblée Nationale. En 2024, on le voit à Narbonne dans une manifestation où il pose à côté d’une pancarte adressée à la députée de Paris « Va faire la soupe, salope ! ». Cette dernière a déposé plainte pour propos sexistes.
La dédiabolisation menacée ?
Christophe Barthès serait-il un cas isolé ? Un autre élu, dans le Pas-de-Calais, lui a emboîté le pas. Anthony Garénaux-Glinkowski, tout nouveau maire de Harnes, commune de 12 000 âmes, a fait retirer, avec tambours et trompettes, le drapeau de l’UE du parvis de la mairie, mais aussi la bannière de l’Ukraine.
Pour ceux qui n’avaient pas compris que les partisans d’une sortie de la France de l’Union européenne n’ont pas tous désarmé au sein du parti de Marine Le Pen, ils vont avoir des surprises dans les jours à venir. De nombreux élus risquent d’imiter le duo Barthès-Garénaux-Glinkowski, et de jouer les Trump sans retenue, ne cachant plus leur aversion pour l’Europe, revenant même au Frexit de l’époque de Florian Philippot, alors bras droit de Marine Le Pen.
Certes, se défend l’élu harnésien, en 2005, les habitants de la commune avaient rejeté à près de 80 % la nouvelle constitution européenne. Mais vingt après, le parti a mis de l’eau dans son vin. Il doit poursuivre sa politique de dédiabolisation, ne pas friper ses habits neufs, au risque de mettre en danger son projet d’alliance avec une partie de l’électorat de la droite traditionnelle.
Il y a de grandes chances qu’en haut lieu on demande aux souverainistes frénétiques de garder leur calme. Le Trump de Carcassonne l’acceptera-t-il ?
Source:
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