Comment la guerre au Moyen-Orient rebat les cartes entre groupes étrangers

L’aventure militaire de Donald Trump en Iran et le blocage du détroit d’Ormuz écorneront durablement l’image des États-Unis et de leurs entreprises dans la région. De quoi soulever de nouvelles opportunités pour les groupes français présents au Moyen-Orient qui, à l’image de Vinci ou TotalEnergies, pourraient jouer la carte de la RSE pour sécuriser les chantiers dans les émirats du Golfe.

Après la « drôle de guerre », la drôle de victoire ? Alors qu’un fragile cessez-le-feu semble encore en vigueur entre les États-Unis et l’Iran, Donald Trump et son administration clament à qui veut bien l’entendre le succès de leur opération militaire au Moyen-Orient. Déroulant la liste des matériels et infrastructures détruits en Iran par l’armée américaine, Pete Hegseth, le secrétaire à la Défense, s’est le 8 avril félicité d’une « victoire militaire avec un grand V », assurant même que le régime des Mollahs avait « supplié » ses adversaires de lui accorder un répit. Une propagande de guerre triomphaliste, qui peine à dissimuler ce que le quotidien français Le Monde n’hésite pas à qualifier de « débâcle stratégique » pour l’Oncle Sam.

Une « hémorragie d’influence » pour les États-Unis

S’il est encore difficile, voire impossible, de prévoir quand ni dans quelles conditions une éventuelle sortie de crise se produira, une chose semble acquise : l’image des États-Unis aura souffert de cette guerre à la fois non nécessaire, mal préparée et aux conséquences dévastatrices pour l’économie et la stabilité mondiales. Détroit d’Ormuz bloqué, trafic maritime perturbé, prix du pétrole en hausse, Moyen-Orient à feu à et sang, régime iranien décapité, mais plus que jamais en position de force… : de quoi faire dire au Monde que « la  »petite excursion » décrite par Donald Trump ressemble à une hémorragie de puissance, de crédibilité et d’influence ».

Car là réside en effet toute la différence entre victoire tactique, incontestable du côté de l’armée américaine, et défaite stratégique pour Washington. Jusqu’alors ultra-dominants dans la région, les États-Unis pourraient, si le conflit venait à s’éterniser ou à se conclure en leur défaveur, subir des conséquences similaires à celles qu’avaient, dans les années 1950, connues la France et le Royaume-Uni quand les deux pays avaient tenté, sans succès, de reprendre la main sur le canal de Suez nationalisé par Nasser. Une répétition historique anticipée par Fawaz Gerges, chercheur à la London School of Economics, selon qui « nous assistons à un moment  »crise de Suez » pour les États-Unis ».

La puissance américaine ayant, semble-t-il, rencontré ses limites au Moyen-Orient, des rivaux comme la Chine pourraient par ailleurs être tentés de combler le vide stratégique créé à cette occasion. Et ce d’autant plus favorablement que les entreprises américaines présentes dans la région pourraient faire l’objet d’attaques des gardiens de la révolution iraniens, qui ont affirmé début avril que « pour chaque assassinat (d’un de leurs membres), une entreprise américaine sera ciblée ». Enfin, le blocus des voies maritimes de la région pourrait, s’il s’inscrivait dans la durée, considérablement affecter la réputation de « gendarme du monde » des États-Unis, désormais perçus comme un facteur d’instabilité économique et géopolitique.

Une fenêtre d’opportunité pour les entreprises françaises ?

La nature a horreur du vide ; le business aussi. Si les États-Unis – et leurs entreprises – ne sont plus en odeur de sainteté dans la région, d’autres acteurs pourraient tirer leur épingle du jeu et s’imposer comme des partenaires de choix au Moyen-Orient. À l’image des groupes français qui, pour certains d’entre eux, revendiquent un héritage aussi durable que différenciant, fondé sur une étroite collaboration avec les pays du Golfe dans la mise en œuvre de stratégies RSE. Ainsi, par exemple, de TotalEnergies, qui aux Émirats arabes unis (EAU) mise sur la transition énergétique et la responsabilité sociétale, en multipliant les initiatives écologiques et sociales.

Présent, avec sa filiale QDVC, depuis de nombreuses années au Qatar, Vinci peut également se targuer d’un savoir-faire, rare dans la région, en matière de chantiers éthiques. Le groupe français a déployé dans l’émirat un certain nombre de bonnes pratiques en termes de conditions de travail et d’hébergement des ouvriers du BTP : audits systématiques, contrôle strict des sous-traitants, interdiction des frais de recrutement par les agences spécialisées, etc. Autant d’exigences qui participent à la sécurisation juridique et réputationnelle de chantiers souvent associés, dans l’opinion publique mondiale, à des abus en tout genre.

Dans l’attente d’un retour au calme

Les entreprises françaises ne manquent donc pas d’atouts à faire valoir face à leurs concurrentes américaines ou chinoises. Mais rien, bien entendu, ne pourra se faire sans un retour au calme durable dans la région ; en attendant, toutes les entreprises occidentales opérant au Moyen-Orient tournent au ralenti, soumises comme le reste du monde aux volte-face et sautes d’humeur de l’hôte de la Maison Blanche. Une fois le « brouillard de guerre » dissipé, les affaires reprendront leur cours : qui des entreprises américaines, à l’image écornée, chinoises, avec leur modèle conquérant, ou françaises, adossées à des standards RSE exigeants, parviendront à rafler la mise ?


Source:

www.revueconflits.com

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