Gérard Brémond, le fondateur de Pierre et Vacances, est décédé ce jeudi 25 juin, à l’âge de 88 ans. Chacun connaît le patron visionnaire, toujours souriant, capable de paris audacieux et de retournements stratégiques, qui avait constitué l’un des plus grands groupes de tourisme français, Pierre et Vacances-Center Parcs. Il avait aussi créé de toutes pièces la station de ski d’Avoriaz et racheté, pour les sauver, le club de jazz parisien Le Duc des Lombards et la station de radio TSF Jazz. Ses deux meilleurs amis évoquent, eux, des souvenirs plus personnels.
Avec Jacques Maillot, le fondateur de Nouvelles Frontières et Jean-François Rial, le PDG de Voyageurs du Monde, les trois hommes avaient l’habitude de déjeuner ensemble, une fois par mois. « Si je considère Jacques comme mon modèle, je voue à Gérard, une immense admiration et je lui avais demandé comme à Jacques de siéger comme censeur au conseil de Voyageurs du Monde », confie Jean-François Rial, le benjamin du trio à 63 ans. « J’avais avec lui une conversation talmudique qui allait bien au-delà des affaires ou du monde du tourisme. Il était compétent en économie, en religion, en géopolitique, en musique et j’apprenais toujours à son contact, qu’il s’agisse du bouddhisme ou du judaïsme. »
Passer sous pavillon émirati, une chance pour Pierre et Vacances ?
Son autre ami Jacques Maillot, 85 ans, qui n’a jamais été un concurrent ou un rival, souligne de son côté « l’élégance » de Gérard Brémond. « Je le considérais comme un patron assez exceptionnel, avec sa vision très singulière et cette capacité unique à rester fidèle à son cap en toute liberté, quelles que puissent être les bourrasques et les tempêtes passagères, témoigne Jacques Maillot. Il s’est battu bec et ongles pour la pérennité de son entreprise et a su trouver le successeur compétent dans une période très difficile en la personne de Franck Gervais, actuel directeur général de Pierre & Vacances-Center Parcs ».
Le fondateur de Nouvelles Frontières poursuit : « Gérard a créé son entreprise en 1967, quelques mois avant que je ne fonde moi-même Nouvelles Frontières. Pendant ces années-là, nous étions chacun trop occupés par nos entreprises respectives pour pouvoir échanger et se voir autant qu’on l’aurait souhaité. Nous passions plus de temps à réfléchir aux vacances des Français qu’à partir en vacances nous-mêmes, mais depuis une dizaine d’années, nous échangions beaucoup et nous rencontrions beaucoup », confie Jacques Maillot, que l’on peut considérer avec Gérard Brémond et Gilbert Trigano (ancien patron du Club Méditerranée, décédé en 2001) comme l’un des trois pères fondateurs du tourisme moderne.
Brémond avec ses résidences de tourisme à la montagne et à la mer, Maillot avec ses voyages organisés pour le plus grand nombre, Trigano avec ses clubs de vacances (au côté du fondateur du Club Med Gérard Blitz, puis seul) ont inventé les vacances modernes qui ont séduit ensuite des générations de clients à travers le monde. Pour sa part, Gérard Brémond a dû céder son groupe en 2022, alors qu’il sortait très endetté de la période de l’épidémie de Covid, à trois fonds, qui aujourd’hui s’apprêtent à leur tour, à le revendre au fonds souverain de Abu Dahbi, Mubadala Capital, pour une valorisation proche d’un milliard d’euros.
Certains observateurs s’indignent de voir un fleuron du tourisme français passer sous pavillon étranger, mais ce n’est pas nouveau. Déjà Nouvelles Frontières avait été vendu à l’allemand Preussag (TUI) en 2001 et le Club Med est la propriété du conglomérat chinois Fosun depuis onze ans. L’opération devrait avoir lieu avant la fin juillet et devrait assurer au groupe de Gérard Brémond, la pérennité et l’internationalisation qu’il a toujours souhaité leur assurer.
Source:
www.challenges.fr



