La reprise des hostilités entre les États-Unis et l’Iran n’est pas sans risque pour l’armée américaine qui pourrait se retrouver avec un nombre très limité d’intercepteurs, nécessaires pour faire face à la menace balistique du régime des Mollahs.
Les États-Unis seront-ils freinés dans leur guerre contre l’Iran par leur stock décroissant d’intercepteurs ? Ces missiles permettent de faire face aux missiles balistiques tirés par l’Iran contre les pays du Golfe. Mais leur recours massif depuis le début des hostilités le 28 février dernier pose désormais des questions opérationnelles à l’armée américaine. Jusqu’alors, les missiles balistiques iraniens « n’ont pas pu entraver les opérations des États-Unis », selon un rapport du Centre d’études stratégiques et internationales (CESI). Mais la donne pourrait changer.
Les auteurs de ce document estiment que le Pentagone dispose d’entre 759 et 827 intercepteurs intégrés au système Patriot, contre 2.330 avant la guerre. « Ceux de THAAD (Terminal High Altitude Area Defense) avoisinent les 250 », précise le CESI, qui en dénombrait 450 avant la guerre.
« La diminution des stocks pourrait contraindre les États-Unis et leurs partenaires de coalition à prendre davantage de risques lors des interceptions. Il n’existe pas d’alternatives viables aux systèmes Patriot et THAAD pour la défense antimissile balistique », expliquent les analystes.
Laisser passer des missiles iraniens
Parmi les « risques » pris par les Américains, il existe la possibilité de laisser passer certains missiles iraniens si ceux-ci ne constituent pas une menace pour leurs bases et leurs soldats. Une stratégie périlleuse qu’aurait choisi de suivre le commandement militaire selon NBC, non sans risques. Trois soldats américains ont été tués mi-juillet sur une base en Jordanie, ciblés par au moins deux missiles balistiques iraniens. Des victimes qui portent à 18 le nombre de soldats américains morts depuis le début de la guerre.
« Une reprise de la guerre contre l’Iran mettrait à l’épreuve des stocks réduits d’intercepteurs », alertait le CESI, avant que les hostilités ne reprennent cette semaine après une brève accalmie. Un risque que reconnaît aussi le général Dan Caine, chef d’État-major interarmées. D’après le Wall Street Journal, il a partagé sa préoccupation concernant les stocks d’intercepteurs à la Maison Blanche. Mais pour Donald Trump, aucun problème.
« Nous avons bien plus de munitions que n’importe qui d’autre au monde, et bien plus qu’il ne nous en faut », estime le président américain auprès du quotidien économique.
Donald Trump en a profité, une fois de plus, pour s’en prendre à son prédécesseur, Joe Biden, l’accusant d’avoir « beaucoup donné à l’Ukraine » pour se défendre face aux bombardements russes. Les faibles stocks n’inquiètent pas non plus Brad Cooper commandant du Commandement central des États-Unis. Selon le Wall Street Journal, il estime que les frappes américaines vont réduire la menace balistique iranienne, sollicitant ainsi bien moins les systèmes Patriot.
Un contrat à 58 milliards de dollars
Malgré la forte baisse de ses stocks d’intercepteurs, le Pentagone n’a pas perdu toute sa capacité à se défendre face à la menace balistique iranienne. Dans la nuit de mardi à mercredi, l’armée américaine explique avoir « intercepté avec succès » des missiles tirés par l’Iran « contre les forces basées au Moyen-Orient ».
Alors un cessez-le-feu permettrait-il aux Américains de renflouer les stocks ? Il faudrait une accalmie très longue pour cela, car au moins trois ans seraient nécessaires pour que les stocks d’intercepteurs, Patriot ou THAAD, retrouvent leur niveau d’avant-guerre. Dans le cas du missile Pac-3, intégré au système Patriot, il faut compter un peu moins de deux ans pour la production d’un missile et près de trois ans pour son moteur.
Alors, pour reconstituer ces stocks, le Pentagone pousse les industriels à accélérer le rythme de production. « Des usines sont en cours de construction. Beaucoup d’équipements sont en cours de fabrication, les Patriots en particulier », a affirmé en ce sens Donald Trump lundi. Le ministère de la Défense a annoncé cette semaine la signature d’un contrat de 58,6 milliards de dollars sur sept ans avec Lockheed Martin pour la production de missiles Patriot, que l’entreprise s’est engagée à livrer « à une vitesse inégalée ».
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