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En plein débat sur le masculinisme au Sénat, le streamer américain Clavicular parade à Paris

Le streamer américain Braden Eric Peters, alias Clavicular, figure de proue du looksmaxxing, s’est offert une tournée parisienne remarquée cette semaine, alors même que le Sénat français appelle à combattre le « poison » du masculinisme.

À 20 ans à peine, Braden Eric Peters gagne plus de 100 000 dollars par mois sur la plateforme de streaming Kick sous le pseudonyme « Clavicular ». Une référence à ses clavicules saillantes, qu’il exhibe volontiers sous des débardeurs échancrés. Mercredi 24 juin, pendant que la délégation aux droits des femmes du Sénat présentait son premier rapport parlementaire sur le masculinisme et qu’Amnesty International publiait le sien sur les mouvements anti-genre, lui paradait dans les rues de Paris lors d’un live sur Kick. Il y est suivi par quelque 385 300 internautes, séduits par ses discours ultraconservateurs sur les femmes et la réussite sociale. Sa devise ? « Le physique fait tout. »

Looksmaxxing

Car Clavicular est la figure de proue du looksmaxxing, mouvement masculiniste dont le nom vaut programme : « maximiser » son physique par tous les moyens disponibles. Il encourage ses abonnés, pour la plupart très jeunes, à se frapper la mâchoire à coups de marteau pour la rendre plus anguleuse par microfractures successives, une pratique connue aux États-Unis sous le nom de « bonesmashing », à s’injecter de la testostérone et à utiliser la méthamphétamine comme coupe-faim, et même à prendre un prêt étudiant pour financer des opérations de chirurgie esthétique.

En novembre 2025, une vidéo le montrant injectant des peptides dissolvant les graisses à sa petite amie de 17 ans a circulé massivement en ligne. Quelques semaines plus tard, YouTube fermait définitivement ses comptes pour violation répétée de ses conditions d’utilisation.

Le looksmaxxing est l’une des ramifications les plus visibles du mouvement « incel », contraction de l’anglais involuntary celibate, célibataire involontaire. Les incels forment des communautés en ligne d’hommes qui attribuent leur absence de vie amoureuse et sexuelle à leur physique, et en conçoivent une haine virulente des femmes, jugées responsables de leur situation. La solution serait donc la transformation physique en mâle alpha, étendard de la virilité supposé attirer toutes les femmes.

Paris, « stage d’humilité »

Sauf que la virée parisienne de Clavicular ce mois de juin, à l’occasion de la Fête de la Musique et de la Fashion Week homme, a rapidement tourné au fiasco. Exhibant son plus beau costume blanc par 36°C, muscles bandés et démarche conquérante, le looksmaxxeur s’est lancé dans une série d’approches de jeunes femmes dans les rues de la capitale, format de vidéo live qui a fait sa gloire aux États-Unis. Toutes ont décliné, parfois fraîchement. « Mais qu’est-ce qui se passe ? entend-on Clavicular s’indigner. Elles doivent être toutes lesbiennes. » Les passages les plus savoureux, sous-titrés en français, ont largement circulé sur les réseaux, avec la même hilarité des internautes devant ce « stage d’humilité » parisien.

Les représailles n’ont pas tardé. Le 22 juin, Clavicular publiait sur X (ex-Twitter) : « Les filles américaines sont bien plus séduisantes que les Européennes, tout simplement parce que le pool génétique européen a été dévasté pendant la Seconde Guerre mondiale. Les bons gènes sont morts à la guerre, tandis que les inaptes physiques sont restés et se sont reproduits. » Magnanime, il proposait aux Françaises 50% de réduction sur son cours de looksmaxxing, « parce qu’elles en ont besoin, et qu’elles ne peuvent pas se le payer au tarif plein ».

La galaxie des indésirables

Le 24 juin, Clavicular réapparaissait sous les feux de la rampe, ou plutôt du soleil brûlant au-dessus de la cour du musée des Archives nationales. Modèle occasionnel, il a ouvert pour cette nouvelle édition de la Fashion Week le défilé printemps-été 2027 de 424, la marque californienne de streetwear de luxe fondée par Guillermo Andrade, designer guatemalteco-américain dont Kanye West est l’un des clients et admirateurs les plus notoires. En quelques heures, la séquence a provoqué un nouveau bad buzz sur les réseaux sociaux. « Le misogyne, homophobe et raciste Clavicular défile à la Fashion Week de Paris » s’insurge ainsi Lyas, le créateur des Watch Parties qui tentent de démocratiser la mode en organisant des projections de défilés.

Car les réseaux de Clavicular rassemblent la fine fleur de la sphère ultraconservatrice américaine, à commencer par les suprémacistes blancs Andrew Tate et Nick Fuentes. En janvier 2026, un clip filmé depuis un van de luxe lors d’un livestream Kick montrait les trois hommes chantant en chœur et faisant des saluts nazis sur « Heil Hitler », un titre antisémite de Kanye West banni de la plupart des plateformes musicales.

Il ne s’agissait pas d’un dérapage isolé. Dans une longue conversation publiée avec Nick Fuentes, Clavicular a déclaré s’être intéressé à la politique avant de se tourner vers le looksmaxxing, sous la théorie que son physique renforcerait sa capacité d’influence politique. Dans le même échange, il a affirmé que « sauver la culture européenne » passait par les stéroïdes et le looksmaxxing. Pour les deux hommes et leurs affidés, la misogynie et la suprématie blanche convergent dans la même vision du monde, celle d’une hiérarchie naturelle que le masculinisme se charge de défendre.

Clavicular a également des antécédents d’incidents violents. En mars dernier, il a été arrêté dans le sud de la Floride pour coups et blessures après avoir provoqué une bagarre entre deux femmes, puis en avoir publié une vidéo sur les réseaux sociaux. Il s’est aussi illustré pour avoir tiré sur un alligator dans une aire protégée des Everglades (États-Unis) et, surtout, pour avoir renversé un homme avec son Tesla Cybertruck lors d’un livestream Kick. L’état de la victime et les suites judiciaires de cet épisode ne sont pas connus.

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« Potentialité terroriste forte » du masculinisme

Ce que la trajectoire de Clavicular illustre en creux, le rapport sénatorial « Mascus : nouvelle offensive contre les femmes », adopté le 23 juin par trois sénatrices de bords politiques différents, Béatrice Gosselin (LR), Olivia Richard (Union centriste) et Laurence Rossignol (PS), l’analyse en cent pages. Les mouvements masculinistes, écrivent-elles, ne sont plus « une simple tendance sur les réseaux sociaux » mais « un mouvement social et politique qui vise à anéantir les droits des femmes et, in fine, à démanteler notre socle démocratique ». Leurs idées « se fondent dans la culture internet ordinaire » via des mèmes et des vidéos courtes qui contournent la détection.

Sur TikTok et YouTube Shorts, relève le rapport, un jeune homme se voit proposer des contenus masculinistes au bout de 23 minutes de navigation ordinaire. La Direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI), qui a déjà mis en garde sur la « potentialité terroriste forte » du masculinisme, surveille actuellement « une dizaine d’individus susceptibles de radicalisation violente », tous âgés de moins de 21 ans. En juillet 2025, le Parquet national antiterroriste avait mis en examen un lycéen de 18 ans pour un projet d’attaque visant des femmes, premier cas en France d’une personne se revendiquant explicitement de l’idéologie « incel ».

Le même jour, Amnesty International publiait son propre rapport sur les mouvements anti-genre, dont la France est la cible de choix : selon le Forum parlementaire européen pour les droits sexuels et reproductifs, elle est le deuxième pays européen en termes de fonds dédiés à l’activisme anti-genre. « La France n’est pas du tout hermétique à ces stratégies, voire est une cible assez privilégiée », alertait Lola Schulmann, chargée de plaidoyer Justice de genre à Amnesty et rédactrice du rapport.

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Source:

www.rfi.fr

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