Il y a encore quelques années, Sébastien Vaniček tournait des courts-métrages avec ses amis, bricolait des projets avec très peu de moyens et travaillait loin des plateaux hollywoodiens. Florent Bernard, lui, écrivait des sketchs sur Internet, participait à l’aventure Golden Moustache et construisait, épisode après épisode, l’un des podcasts les plus populaires de France avec le Floodcast.
Aujourd’hui, les voilà tous les deux aux commandes d’une institution du cinéma d’horreur, une franchise créée au début des années 80 par Sam Raimi, devenue culte pour plusieurs générations de spectateurs, et qui a influencé aussi bien Peter Jackson que Guillermo del Toro ou Edgar Wright : Evil Dead. Leur nouveau film s’appelle Evil Dead Burn. L’histoire d’une femme qui, après l’enterrement de son mari, se retrouve confrontée à une réunion de famille qui tourne au cauchemar lorsque des forces démoniaques prennent possession de ses proches.
Comment deux Français se retrouvent-ils à écrire et réaliser un nouvel épisode d’une saga mythique américaine ?Comment apporte-t-on sa propre identité à une franchise aussi culte ?
De « Vermines » à Hollywood
Tout s’est accéléré lors d’un festival majeur aux États-Unis où le travail de Sébastien Vaniček a subitement changé de dimension aux yeux de l’industrie. Ce qui n’était qu’un espoir français est devenu une priorité pour Warner et Sony, attirés par une vision radicale et efficace du cinéma d’horreur. Le réalisateur se souvient de l’afflux soudain de propositions après ses premières récompenses américaines : « Mon nom est passé en vert. Beaucoup de scénarios sont rentrés dans la boîte mail, des petites folies. Il y a eu un avant et après ce festival. Warner nous a fait la proposition d’un autre Evil Dead, spinoff, sans aucune obligation. On a trouvé ça excitant ».
Il explique également la continuité créative qu’il a souhaité maintenir avec son complice de toujours : « J’avais envie de continuer à écrire avec Florent, ça s’était très bien passé, on voulait faire un film en France, tout était là ».
Entre héritage sacré, clins d’œil complices et Alain Chabat dans le projet
S’attaquer à Evil Dead, c’est se confronter à l’héritage de Sam Raimi, véritable maître du genre. Pourtant, loin de se laisser écraser par la mythologie de la saga, le duo a cherché à imposer sa propre patte, allant même jusqu’à intégrer des collaborations surprenantes, comme la voix d’Alain Chabat. Florent Bernard exprime son immense respect pour le créateur originel tout en refusant la facilité du fan service : « Sam Raimi, c’est un réalisateur que j’ai toujours adoré car il a inventé son propre style. Mais j’ai suffisamment confiance en notre travail pour savoir aussi que j’ai vu des films plutôt que de trop vouloir faire plaisir à l’héritage. Réaliser le Evil Dead qui nous ressemble le plus pour qu’on n’ait pas de regrets ».
Il revient également sur la participation inattendue d’Alain Chabat, grand fan de la franchise : « Je savais, en bon fan des Nuls, que Chabat était fan de films d’horreur et ça s’est confirmé. Il avait fait une émission où il parle de Evil Dead 2 en disant que c’est un chef-d’œuvre. On lui a proposé et il était méga chaud pour participer au projet ».
Sébastien Vaniček confie leur état d’esprit face aux codes imposés par la saga où ils ont su la jouer hybride : « On s’est toujours dit la même chose avec Florent : on veut respecter le père, on veut tuer le père, on veut et admirer et détruire. On fait des petits « trix » avec tous les codes, avec tout ce qui fait la sève d’Evil Dead ».
Gore, psychologie et débats houleux de studio : les secrets de fabrication
Si le film tient ses promesses en termes de terreur graphique, il ne se contente pas d’aligner les scènes de boucherie. Le duo a tenu à injecter un sous-texte social puissant, tout en menant une véritable bataille en post-production pour protéger leur vision européenne face aux exigences des studios américains. Sébastien Vaniček raconte les tensions survenues au moment du montage final avec les majors : « C’est la différence entre Français et Américains, c’est qu’il y avait beaucoup de voix. Et là, oui, il y a de la bagarre et là il faut vraiment être solide sur les appuis et vraiment tenir tête à tout le monde. Ça a été des gros combats pendant à peu près un an ».
Il souligne toute la dimension politique et humaine qui porte le récit au-delà de l’horreur pure : « Faire un film fun sur fond de toute une critique sociale. Ça ne rend pas les films d’horreur meilleurs, mais en tant que spectateur, on aime repartir du film avec un petit bagage en plus ».
Quant à leur méthode de travail, elle se base sur une complicité totale : « On se capte, on mate des films, on mange, on marche beaucoup, on parle et il y a des idées qui commencent à exploser. C’est un travail qui nécessite de faire sa psychanalyse avec son pote ».
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Source:
www.radiofrance.fr



