Stéphane Thibault, le procureur général et chef du gouvernement à Monaco, n’en revient pas. « C’est à ma connaissance la première fois de l’histoire qu’un tel acte se produit dans la principauté », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse mardi 30 juin au lendemain d’une explosion en plein cœur du micro-État, dans le sud de la France.
C’est juste avant 21 h qu’une forte explosion a retenti dans le hall d’un immeuble blessant trois personnes. Pour l’heure, les autorités locales privilégient la piste d’une « tentative d’assassinat », a indiqué Stéphane Thibault, précisant qu’aucun suspect n’avait encore été interpellé.
Monsieur « centre commercial » à Dnipro
Les autorités monégasques ont refusé de confirmer l’identité des victimes de l’explosion, se contentant d’expliquer qu’il s’agissait des résidents du rez-de-chaussée de l’immeuble, arrivés à Monaco en 2021.
Mais les informations obtenues par BFMTV, puis confirmées à l’AFP par une source proche du dossier, suggèrent que l’une des cibles était Vadim Ermolaev, richissime oligarque d’origine ukrainienne. Les deux autres seraient sa compagne et son fils.
« Il a été un très influent oligarque durant les années 1990 en Ukraine avant de tomber progressivement en disgrâce », assure Ryhor Nizhnikau, spécialiste de l’Ukraine et des pays de l’espace post-soviétique à l’Institut finlandais des affaires internationales. Il a même été placé sur la liste des sanctions ukrainiennes en 2023 pour avoir continué à faire des affaires en Crimée – annexée par la Russie en 2014 – même après le début de l’invasion de grande ampleur en 2022.
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Vadim Ermolaev a entamé son parcours d’entrepreneur à succès dans la région de Dnipro, dans l’est de l’Ukraine, peu après la chute de l’URSS. « Il était l’un des premiers et principaux oligarques de cette région riche et industrielle », souligne Ryhor Nizhnikau.
Il s’est d’abord fait connaître comme le Monsieur « centre commercial » de Dnipro, y inaugurant par exemple en 2006 Most-City, à l’époque le plus vaste complexe commercial de toute l’Ukraine.
Vadim Ermolaev ne s’est pas contenté de ces supermarchés XXL, bâtissant à tout-va dans cette ville aujourd’hui proche du front. L’oligarque a même façonné un quartier entier dans le centre historique de Dnipro. Cet appétit pour la pierre lui a valu d’être qualifié dans les médias ukrainiens de l’homme « qui a lui seul a transformé le visage de Dnipro ».
Il s’est ensuite diversifié et Alef, la maison-mère de son empire économique, contrôle des entreprises dans 19 secteurs d’activité, comme l’avait comptabilisé au milieu des années 2010 UBR, un magazine économique ukrainien qui n’existe plus aujourd’hui.
Le faux pas viticole en Crimée
Vadim Ermolaev s’intéresse aussi bien à l’immobilier commercial qu’à la fabrication d’implants dentaires, à l’agroalimentaire ou encore au transport fluvial. Un vaste portefeuille qui lui a permis d’amasser une fortune qui a été estimée à plus de 300 millions de dollars au milieu des années 2010. De quoi lui permettre d’entrer dans le club très fermé des 100 Ukrainiens les plus riches.
C’est l’alcool qui va finir par lui causer des problèmes. L’oligarque a, en effet, développé des activités viticoles en Crimée « alors même qu’il est interdit par la loi d’y faire des affaires », précise Ryhor Nizhnikau.
Il a été accusé de continuer à profiter des fruits de ce commerce du vin deux ans après le début de la guerre d’invasion russe. En outre, une partie des revenus des sociétés auxquelles il est lié en Crimée vont à la Russie, ce qui lui a valu d’être accusé de financer l’effort de guerre russe.
Avant même de se retrouver ainsi sur la liste des sanctions ukrainiennes, Vadim Ermolaev avait quitté le pays, renonçant même en 2019 à sa nationalité ukrainienne au profit de celle de Chypre.
Le destin de Vadim Ermolaev, selon Ryhor Nizhnikau, est typique des « oligarques des années 1990 qui ont perdu en influence avec l’arrivée au pouvoir de Volodymyr Zelensky ».
« Le fait que Vadim Ermolaev ait eu des activités en Crimée a toujours été un secret de Polichinelle, et il n’est très probablement pas le seul », affirme Ryhor Nizhnikau. Il existe, selon lui, probablement d’autres éléments qui expliquent sa présence sur la liste des sanctions en 2023, que ce soit le lobbying d’un jeune rival aux dents longues ou autre chose.
Pour Ryhor Nizhnikau, il serait ainsi intéressant, si un suspect est appréhendé, de savoir s’il y a, par exemple, un lien avec la région de Dnipro ou la Crimée.
Source:
www.france24.com



