A 66 ans et une cinquantaine de longs-métrages de cinéma à son actif, Fabienne Babe ne bénéficie pas d’une notoriété publique équivalente à sa réputation cinéphilique. Voici beau temps que dans le cercle des transis du septième art, en effet, on lui administre un culte discret, sous le jour du constant appel dionysiaque qui émane de ses apparitions, et du rapport spirituel entre désir et transgression que sa présence suggère. Tout cela aux fins de propulsion d’un cinéma d’auteur confidentiel, artisanal, chercheur – précisément transgressif, lui aussi – qui s’inscrit comme une singulière diagonale dans l’histoire du cinéma, plus particulièrement français. Comme les choses ne ressemblent jamais à ce que l’on croît, elle prend soin de préciser : « Moi j’étais plutôt attirée par le cinéma classique, je n’ai jamais voulu que mon image soit associée à un cinéma aussi radical. Mais ce sont les gens qui vous regardent et qui vous choisissent aussi. »
Inaugurée au mitan des années 1980, sa carrière l’installe dans des compositions, très souvent, d’initiatrice, de tentatrice. Casque auburn ou blond selon les périodes, lèvres rouges généreuses, blancheur d’albâtre, vêtue de rouge, de noir ou de strass, la voici inoubliable dès qu’entrevue à l’écran. Quelque chose comme un avatar post-moderne de la star. Une suite française à Bernadette Laffont, qui aurait substitué à la combustion solaire un art de l’attraction lunaire.
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Source:
www.lemonde.fr



