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Georg Baselitz, grande figure de l’art allemand, est mort à l’âge de 88 ans : retour sur sa vie et son œuvre

Georg Baselitz (1938–2026) en bref

Georg Baselitz est l’un des plus grands artistes allemands de notre époque. Marquée par le nazisme qu’il a connu enfant, son œuvre s’inscrit dans la tradition de l’expressionnisme et de l’art informel. Pour autant, l’artiste a renouvelé le genre, en lui insufflant une violence nouvelle, travaillant la matière avec une brutalité volontaire, créant aussi des œuvres polémiques qui ont fait parler de lui depuis les années 1980. Il est aussi connu pour ses « portraits à l’envers », des œuvres qui interrogent l’essence même de la peinture.

Georg Baselitz dans son atelier, 2014

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Photo Peter Knaup, Berlin

Il a dit

« Je ne commente pas l’histoire, je suis une partie de l’histoire. »

La vie de Georg Baselitz en quelques dates

Du traumatisme de la guerre à la fuite vers l’Ouest

Georg Baselitz (né Hans-Georg Kern) grandit dans un village de Saxe en pleine Seconde Guerre mondiale. Comme de nombreux artistes de l’avant-garde allemande des années 1960, il est un fils de nazi, un héritage dur à porter et qu’il renie. Il rêve de rejoindre l’Ouest. En 1957, il est renvoyé de son école d’art et peut enfin réaliser son rêve. Il s’inscrit à l’École des beaux-arts de Berlin-Ouest. En 1961, il adopte son nom d’artiste – Baselitz – en hommage à sa ville natale (Deutschbaselitz). Puis il découvre l’art brut à Paris, ce qui le marque durablement.

Un art transgressif

Il n’est pas simple ni anodin d’être un moderne dans un pays marqué par le funeste épisode de l’art dit « dégénéré », l’art des Juifs et des avant-gardes, condamné par les nazis dans l’entre-deux-guerres. Le premier combat artistique de Baselitz est le rejet de l’abstraction, esthétique qui domine son temps. Il se déclare réaliste expressif, recherche une figuration alternative, refuse toute implication sociale et expose pour la première fois ses œuvres en 1963. Il enchaîne alors scandales et transgressions. « Mes tableaux, vers 1963, ont été peints avec beaucoup de haine », explique-t-il. À la fin des années 1970, Baselitz devient enseignant à la Staatliche Akademie der Bildenden Künste à Karlsruhe, mais sa vie se partage entre l’Allemagne et l’Italie.

Réflexion autour de l’Histoire et des images

Baselitz a fait du principe de l’agression directe l’un de ses modes opératoires. Lorsqu’il sculpte, il attaque le bois de manière radicale, à la tronçonneuse ou à la hache. Baselitz se définit comme un artiste « brutal », inscrit dans la tradition des gothiques. L’art, selon lui, n’est pas une quête de beauté et de perfection mais un travail en prise avec l’Histoire. À la fin des années 1960, il peint ses premiers motifs à l’envers, un procédé qui devient sa signature. Une manière pour lui de dépouiller le sujet de son contenu, d’échapper à la tentation de ressemblance, et de trouver la réalité de l’image.

Une œuvre acclamée

L’histoire et le passé nazi de l’Allemagne constitue l’un des thèmes de prédilection de Baselitz. En 1989, il réalise vingt panneaux intitulés 45′, qui renvoient à l’Allemagne détruite et vaincue en 1945. La reconnaissance internationale lui vient une dizaine d’années plus tard lorsque deux toiles lui sont commandées pour le Reichstag. Son style devient alors moins brutal. Il fut honoré de deux grandes rétrospectives à Paris, la première au musée d’Art moderne de la Ville de Paris en 2011, avant une seconde en 2021 au Centre Pompidou. Une cinquantaine de ses toiles monumentales son exposées à Bilbao en 2025 et 2026. Il s’éteint le 30 mars 2026 à 88 ans.

Ses œuvres clés

La Grande Nuit foutue , 1962–1963

Georg Baselitz, Die große Nacht im Eimer / La Grande nuit foutue

Georg Baselitz, Die große Nacht im Eimer / La Grande nuit foutue, 1962 – 1963

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Huile sur toile • 250 × 180 cm • Coll. Museum Ludwig, Cologne • © AKG-images

Cette œuvre a été interdite d’exposition chez Werner & Katz à Berlin-Ouest en 1963. Elle représente un personnage triste, indéfini, en train de se masturber. Le sexe atteint la taille d’une matraque. En représentant cette action intime sans pudeur, Baselitz met en scène le thème de l’innocence souillée associé à celui de la honte. Pour lui, c’est l’expression de la culpabilité attachée au passé inavouable de l’Allemagne. Cette toile très sombre révèle l’influence de la découverte de l’art informel à Paris au début des années 1960 (Fautrier et Dubuffet). Jugée obscène et pornographique, elle fut confisquée par le ministère public et rendue à l’artiste après deux ans de procédure.

Modèle pour une sculpture, 1979–1980

Georg Baselitz, Modell für eine Skulptur / Modèle pour une sculpture

Georg Baselitz, Modell für eine Skulptur / Modèle pour une sculpture, 1979 – 1980

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Tilleul et tempera • 178 × 147 × 244 cm • Coll. Museum Ludwig, Cologne • © Georg Baselitz / Photo Frank Oleski, Cologne

En 1980, Georg Baselitz est au cœur d’une polémique à la Biennale de Venise où il présente Modèle pour une sculpture, taillée de façon acerbe dans le bois et qui put être interprétée comme un salut nazi. L’artiste, cependant, n’a jamais reconnu cette lecture faite de son œuvre. Elle témoigne de l’expressionnisme de l’artiste, de son inscription du côté des arts premiers. Le corps affirme ses blessures, ses imperfections, et même ses cicatrices.

Peuple Chose Zéro, 2009

Georg Baselitz, Volk Ding Zero / Peuple Chose Zéro

Georg Baselitz, Volk Ding Zero / Peuple Chose Zéro, 2009

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Bois et huile • 300 × 115 × 126 cm • Coll. particulière • © Georg Baselitz 2017 / Photo Jochen Littkemann, Berlin

En regardant cette figure méditative, monumentale et taillée grossièrement dans le bois, comment ne pas songer au Penseur de Rodin ? Comme lui, le personnage de Baselitz incarne le retour sur soi. Mais c’est ici le portait d’un looser, estampillé « Zero ». Fidèle à son habitude, l’artiste combine le travail sur le bois brut à la peinture, appliquée largement. Son esthétique à la fois radicale et naïve évoque aussi l’art africain, dont Baselitz est un grand collectionneur.


À lire aussi :
Georg Baselitz, brutal, naïf et gothique


Source:

www.beauxarts.com

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