Artiste textile américaine, Sheila Hicks noue, empile et drape la fibre avec la liberté d’une sculptrice depuis la fin des années 1950, brouillant les frontières entre art, artisanat et architecture. Figure centrale du Fiber Art américain, son œuvre n’accède aux grandes institutions qu’au tournant des années 2010.
« Je compose des fables avec des lignes colorées et texturées, je détermine en chemin quoi en faire ou comment les interpréter. La fibre est mon alphabet et ma complice. »
La vie de Sheila Hicks en quelques dates
La découverte du tissage précolombien
Née le 24 juillet 1934 à Hastings, dans l’État américain du Nebraska, Sheila Hicks intègre la Yale School of Art en 1954. Élève de Josef Albers, dont les expériences sur la couleur et la perception marquent toute une génération, elle suit également les cours de l’historien George Kubler sur l’art précolombien. Une bourse Fulbright l’envoie au Chili, où elle photographie des tisserands andins, apprend à tisser auprès d’eux et ne s’arrêtera plus.
Des débuts au Mexique
De retour du Chili, elle s’installe au Mexique, où elle collabore avec les architectes Luis Barragán et Ricardo Legorreta et reçoit ses premières commandes architecturales. Elle y fonde son premier atelier de tissage et commence à produire ses « Minimes », petits tissages qui lui servent de carnet de recherche permanent.
Une carrière menée à Paris
Installée à Paris depuis 1964, Hicks multiplie les commandes monumentales pour des hôtels, des ambassades et des espaces publics – de La Mecque à l’Assemblée nationale –, tout en continuant d’accumuler ses « Minimes ». Ce double registre, gigantesque et intime, est au cœur de son travail.
Le temps de la consécration internationale
En 2014, sa Pillar of Inquiry/Supple Column, cascade de fibres acryliques suspendues du plafond de la Whitney Biennial de New York, entre dans les collections du MoMA. En 2017, Escalade Beyond Chromatic Lands investit la Corderie de l’Arsenale lors de la 57e Biennale de Venise. En 2018, la rétrospective « Lignes de vie » au Centre Pompidou, sous le commissariat de Michel Gauthier, réunit 145 œuvres couvrant six décennies de création.
Ses œuvres clés
Sheila Hicks, The Evolving Tapestry : He/She, 1967–1968
Des filasses de lin couleur tabac, que Hicks appelle ses « queues de cheval », ponctuées d’insertions de soie rouge : cette sculpture n’a pas de forme fixe et se reconfigure à chaque installation. Présentée lors de l’exposition « Wall Hangings » au MoMA en 1969, elle matérialise la rupture de l’artiste avec la tapisserie traditionnelle.
Commandée pour le siège d’AT&T à Basking Ridge (New Jersey), ce bas-relief de cordes de soie, de lin et de coton déploie une végétation chromatique abstraite sur près de sept mètres. Restaurée après la vente du campus en 2002, elle fut donnée à la Smithsonian Institution par Bob et Lynn Johnston.
Montagne de balles de fibres colorées dressée jusqu’aux chevrons de la Corderie de l’Arsenale pour la 57e Biennale de Venise, cette installation transforme le textile en paysage physique et chromatique, nourrissant un dialogue entre la fibre et l’architecture qu’elle mène depuis ses débuts.