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Guerre de l’IA : l’empire américain contre-attaque face à la menace des robots chinois

 

Les États-Unis ont dit non aux robots étrangers. La décision de l’administration Trump d’ajouter, mardi 28 juillet, à la liste des produits interdits à l’importation les « appareils robotiques avancés » s’inscrit dans la rivalité sino-américaine dans l’intelligence artificielle. Surtout, elle révèle des stratégies très différentes pour prendre l’ascendant dans ce secteur-clé.

La nouvelle interdiction américaine ne vise pas expressément la Chine. Il n’est question que d’appareils produits à l’étranger. Mais personne n’est dupe. En 2025, les fabricants chinois ont livré « plus de 90 % des robots dans le monde », souligne la chaîne CNN. Les groupes chinois Unitree, Agibot, UBTech et Galbot dominent ce marché naissant devant la marque américaine Figure AI et les Allemands d’Agile Robots, souligne la chaîne américaine.

L’invasion des robots chinois ?

Pékin ne s’y est d’ailleurs pas trompé, dénonçant dès mercredi une mesure qui vise à « salir la réputation des sociétés chinoises ». La Chine a menacé de prendre « toutes les mesures nécessaires pour répondre » à cette sanction américaine.

Pour justifier son offensive anti-robots étrangers, Washington a brandi l’argument de la protection de la sécurité nationale. Les « appareils robotiques avancés » chinois seraient-ils déjà prêts à se déverser en armée conquérante sur le territoire américain ?

Les très médiatisées démonstrations de robots « dansants » lors des célébrations du nouvel an chinois en février 2026 pouvaient certes paraître impressionnantes mais pas agressives.

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Image de couverture : Aux avant-postes © France 24

En réalité, le « risque pour la sécurité nationale » se situe ailleurs pour Washington. Les nouveaux « appareils robotiques avancées » conçus principalement par la Chine ne sont plus les robots d’antan fabriqués pour effectuer des tâches simples comme agiter le bras pour saluer les passants dans une conférence tech du début des années 2000.

Aujourd’hui, il s’agit davantage d’IA « incarnée » ou « incorporée » (embodied AI). C’est-à-dire que des grands modèles de langage comme ChatGPT ou DeepSeek-1 sont logés dans des « corps robotiques ».  « Ces IA incarnées peuvent apparaître sous forme humanoïde, mais aussi comme des quadrupèdes, des drones ou encore des véhicules autonomes. Ils sont censés pouvoir réagir de manière autonome à différents stimuli tels que le son, le toucher, la parole. Tout dépend de leurs programmes et des capteurs embarqués », expliquent Pavlo Zvenyhorodskyi et Scott Singer, deux spécialistes de l’IA dans un rapport publié par le cercle de réflexion américain Carnegie Endowment for International Peace en novembre 2025.

Ce sont donc des machines beaucoup plus raffinées qui posent d’autres défis sécuritaires. « Avec leurs capteurs, on peut les comparer à des caméras de surveillance mobiles souvent équipées de programmes de reconnaissance faciale. Les États-Unis n’en veulent pas dans des environnements sensibles comme des bureaux gouvernementaux ou des terrains militaires », explique Valentin Weber, spécialiste de la Chine et de son approche des technologies de pointe au Conseil allemand des relations étrangères (DGAP, à Berlin).

Washington aurait pu avoir une approche plus chirurgicale en n’interdisant les importations de robots chinois qu’à certaines conditions. Mais « la tendance à faire de longues listes d’exceptions et de modalités d’importation ne fait pas partie des habitudes américaines. Ils préfèrent simplifier le processus en édictant des interdictions plus générales », affirme Valentin Weber.

Le robot, meilleur ami de l’IA chinoise

Et puis, cette interdiction permet aussi de mettre la pression sur un secteur que le pouvoir chinois a très tôt hissé tout en haut de sa liste des priorités technologiques. La robotique « apparaît déjà comme un secteur clé dans le plan stratégique ‘Made in China 2025’ élaboré en 2015. Les robots sont également érigés en priorité dans le premier document consacré à l’IA en 2017 », énumère Guangyu Qiao-Franco, spécialiste des technologies émergentes en Chine à l’université Radboud de Nimègue (Pays-Bas).

Xi Jinping voulait mettre son économie à l’ère des robots bien avant l’arrivée des ChatGPT. « Il faut comprendre que le président chinois est quelqu’un de très pragmatique lorsqu’il s’agit d’économie », affirme Guangyu Qiao-Franco. Xi Jinping ne veut pas d’IA pour l’IA car « il a été profondément marqué par la crise financière de 2008 qui, selon les autorités chinoises, a démontré les risques de trop dépendre de l’économie virtuelle – comme les services financiers ou les plateformes technologiques. C’est pourquoi Xi Jinping veut que tout soit relié à l’économie réelle et que toutes les technologies aient des applications concrètes », expliquent les auteurs de la note pour le Carnegie Endowment for International Peace.

Dès l’arrivée de ChatGPT en novembre 2022, la Chine s’est mise à faire tourner plus sérieusement sa machine à robots. « À partir de 2023, la Chine lance des initiatives municipales pour favoriser l’émergence de l’industrie de la robotique et des IA ‘incarnées’ », souligne Valentin Weber.

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Les Américains et les Chinois ont ainsi une vision très différente de la manière de gagner la guerre de l’IA. « Les États-Unis se concentrent davantage sur le développement des modèles de pointe et parient sur la puissance de calcul et les centres de données pour aboutir à des IA toujours plus efficaces », résume Valentin Weber.

De l’autre côté du Pacifique, « la Chine reconnaît que face à la force de frappe financière de la Silicon Valley et à tous les ingénieurs qui s’y trouvent, elle aura du mal à se battre sur le terrain des modèles d’IA les plus puissants, même si les chatbots chinois sont de plus en plus perfectionnés. En revanche, elle peut profiter de sa très puissante industrie manufacturière pour obtenir un avantage dans les applications concrètes de l’IA, comme les robots », affirme Guangyu Qiao-Franco.

L’accent mis sur le robot permet aussi aux autorités d’entrevoir des solutions à deux défis économiques : un manque de main-d’œuvre dans certains secteurs car il y a de moins en moins de Chinois qui veulent devenir des ouvriers, et le défi démographique pour l’économie lié au vieillissement de la population. Pékin espère que les robots pourront prendre le relais pour améliorer la productivité quand la population active ne sera plus suffisante pour garantir les objectifs de croissance du gouvernement.

Éviter la dépendance aux robots chinois

Mais pour que le pari chinois des robots soit gagnant, il doit aussi être rentable. Il faut donc en vendre… et l’interdiction américaine d’en importer prive les groupes chinois du plus important marché pour leur produit, soulignent les experts interrogés par France 24.

La mesure américaine « vise aussi à s’assurer qu’à plus long terme les entreprises et les consommateurs utilisent des technologies et robots américains », estime Guangyu Qiao-Franco. 

Le scénario catastrophe pour Washington serait que les États-Unis deviennent dépendants des robots chinois dans une économie de plus en plus accro aux machines dopés à l’IA perfectionnée. 

Reste à savoir si les États-Unis ont les moyens de rattraper leur retard dans ce domaine précis. « C’est la grande question et cela ne va certainement pas être facile vu à quel point l’écosystème manufacturier en Chine est déjà en place pour produire ces robots en grand nombre », reconnaît Guangyu Qiao-Franco. 

« La Chine est aussi très forte pour casser les prix. La meilleure chance des Américains serait de travailler main dans la main avec d’autres partenaires notamment européens pour offrir des alternatives », estime Valentin Weber. La coopération internationale ? Ce n’est pas forcément le point fort de Donald Trump.


Source:

www.france24.com

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