Analyses & EnquêtesHeineken sous pression après des révélations sur ses activités en Iran

Heineken sous pression après des révélations sur ses activités en Iran

C’est une affaire dont le numéro deux mondial de la bière se serait bien passé à un moment où sa gouvernance est fragilisée et alors que ses ventes marquent le pas. Selon une enquête du groupe d’investigation néerlandais Follow The Money (FTM), prévenu par un lanceur d’alerte, Heineken aurait développé une bière sans alcool sur le marché iranien en 2018 après avoir acquis une participation majoritaire dans la brasserie iranienne Castle Noush, au moment où le régime des ayatollahs, accusé de développer un programme d’armes nucléaires, était sous le coup de sanctions américaines.

Les experts se demandent si un embargo ou des sanctions ont été violés par la firme toujours contrôlée par la famille Heineken. Mais, déjà, l’affaire est d’autant plus gênante que le partenaire local du géant de la bière est le groupe Solico, soupçonné d’avoir des liens directs avec le Corps des Gardiens de la révolution islamique et une nébuleuse de groupes industriels et financiers iraniens.

A Amsterdam, les actionnaires retiennent leur souffle. Un précédent spectaculaire peut donner une idée de la possible gravité de cette affaire : en 2015, la banque française BNP Paribas avait été condamnée à payer une amende de près de 8 milliards d’euros assortie d’une mise à l’épreuve de cinq ans par la justice américaine pour avoir continué à commercer avec des entreprises iraniennes malgré l’embargo décidé par Washington.

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Dans un cas plus récent, l’ex-PDG du groupe cimentier Lafarge a été condamné à six ans de prison par la justice française le 13 avril (avec incarcération immédiate), pour avoir financé des groupes djihadistes en Syrie en 2013 et 2014. Même très tardivement, les magistrats savent être particulièrement sévères avec les entreprises qui préfèrent bafouer le droit international plutôt que de renoncer à des profits.

Selon le collectif FTM, Heineken a conservé le secret autour de ses investissements iraniens et ses actionnaires n’en auraient pas été informés. Ce qui semble confirmer la thèse que l’entreprise savait qu’elle était fautive. Pour l’heure, les autorités américaines n’ont pas réagi, le groupe Heineken a indiqué qu’il a revendu sa participation dans Castle Noush et s’est retiré du pays en septembre 2025. L’association des actionnaires a demandé des éclaircissements.

L’affaire tombe à un très mauvais moment pour la prospère entreprise ­familiale. Son directeur général Dolf van den Brink a annoncé en début d’année son départ après une mauvaise saison 2025 marquée par un avertissement sur résultats en octobre. Ce retrait anticipé a révélé l’absence de plan de succession à la tête de l’entreprise.

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De plus, alors que la décroissance généralisée des ventes de bière dans les pays développés n’est pas encore compensée par le dynamisme des marchés émergents et l’engouement pour les bières sans alcool, Heineken a dû engager un vaste plan d’économies, avec 6 000 suppressions d’emplois (sur 87 000 dans le monde) en deux ans, ainsi que 400 postes supprimés ou transférés au siège mondial de Heineken. Ce qui peut expliquer le réveil de lanceurs d’alerte en son sein. L’entreprise qui continue toutefois à accroître ses bénéfices (978 millions pour 39,95 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2024) va annoncer ses résultats semestriels le 5 août prochain.


Source:

www.challenges.fr

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