Analyses & EnquêtesInterviewsIcônes pop : Britney Spears, fabriquée, décriée... libérée ?

Icônes pop : Britney Spears, fabriquée, décriée… libérée ?

Britney Spears, c’est bien sûr des tubes en pagaille, mais c’est sans doute la première pop star moderne à avoir été entièrement fabriquée puis exposée. Une artiste née dans un système, façonnée pour lui et broyée sous son regard. Très tôt, elle incarne tout et son contraire : l’innocence et la sexualisation, la perfection et la faille, le contrôle et la perte totale de contrôle. Britney Spears, c’est le moment où la pop culture bascule. Le moment où on commence à ne plus seulement admirer les stars mais à les consommer.

Deux invités pour évoquer la pop star :

Jeanne Burel, réalisatrice du documentaire Britney sans filtre, disponible sur Arte, qui revient justement sur cette fabrication, cette violence médiatique, et ce que Britney incarne dans notre époque.Loïc Dumoulin-Richet, créateur du podcast CD2Titres, grand observateur de la pop, de ses codes, et de ses mutations.

L’éveil « industriel » d’une icône

La carrière de Britney Spears trouve ses racines au sein du célèbre Mickey Mouse Club, vivier de talents américains transformé en une véritable industrie dans les années 90. Ce cadre imposait une discipline quasi-militaire à de très jeunes artistes, leur inculquant une pression constante et une nécessité de perfection sous les projecteurs, forgeant ainsi la popstar moderne avant même son émergence mondiale. Jeanne Burel, réalisatrice du documentaire Britney sans filtre sur Arte : « Britney intègre le Mickey Mouse Club à 11 ans et ça s’apparente à un camp d’entraînement militaire : ils doivent enchaîner les entraînements de danse, les entraînements de chant, l’apprentissage des chorés. Ils apprennent à grandir avec une pression absolument démente sur les épaules. » Loïg Dumoulin-Richet, créateur de podcast, ajoute : « Britney arrive après le phénomène des boys bands et des girls bands, mais c’est sans doute la première grande pop star solo féminine à émerger de cette manière très industrialisée, en étant façonnée pour vendre un maximum de disques. »

Le paradoxe de l’image et la construction du désir

Dès ses débuts, l’industrie a construit Britney Spears autour d’une dualité entre innocence enfantine et hypersexualisation. Ce marketing de la « Lolita » visait à rendre la star désirable sans qu’elle paraisse menaçante pour le public masculin, une stratégie qui a profondément marqué son image publique et ses relations complexes avec les médias tout au long des années 2000. Jeanne Burel : « Pour un de ses premiers photoshoots qui est resté célèbre, elle est photographiée par Terry Richardson qui est aujourd’hui un prédateur notoire. Il la photographie chez elle dans sa chambre d’enfants dans des mini shorts où il y a marqué ‘baby’ en strass sur ses fesses (…) Elle est très jeune, elle est très naïve, elle est très innocente, elle est très ambitieuse par ailleurs, mais on a la sensation qu’elle n’a pas conscience de son potentiel sexuel, et c’est ça qui la rend aussi attractive. » Elle ajoute : « On peut la regarder, on peut la consommer sans qu’elle puisse nous faire du mal, sans qu’elle puisse nous porter préjudice, et notamment aux hommes, surtout. »

Mais Britney Spears se rend ensuite compte de cette hypersexualisation. Son album « Oops I Did It Again » sort en 2001. Jeanne Burel : « Là clairement il y a un virage à 180°, où elle a décidé d’essayer de reprendre le contrôle sur son image et en tout cas d’assumer ce côté sexy et ça, on ne lui pardonne pas du tout ».

-> Pour en savoir plus, écoutez cette émission…


Source:

www.radiofrance.fr

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