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Il avait traîné une chienne accrochée à sa voiture : le tribunal de Reims l’a relaxé !

À la consternation générale, les juges ont déclaré, lundi soir, Mustapha non coupable de « sévices graves et d’acte de cruauté » envers Romy, une chienne de six mois. Dans la nuit du 20 mars, il avait traîné ce malinois sur plus d’un demi-kilomètre à Reims. Accroché par une laisse à l’arrière de son T-Cross, l’animal ensanglanté hurlait de douleur. Le conducteur a plaidé « l’accident », ce lundi 4 mai, jurant n’avoir « rien entendu ».

Romy, ici au refuge où elle a été soignée durant six semaines, et enfin guérie (Photo : Association Les Amis des Bêtes).

Il est 20 h 45 lorsque les avocates de neuf associations protectrices des bêtes, parties civiles, apprennent par quatre mots la décision des trois magistrats du tribunal judiciaire de Reims : « Monsieur, vous êtes relaxé. » Assise au fond de la salle, la présidente du refuge qui a soigné la chienne est bouche bée. Le public échange des regards témoignant de son incompréhension. À l’extérieur du palais, plus tard, des dames abattues résumeront ainsi leur surprise : « En France, on fait peu de cas de la souffrance animale… » Elles rejoignent le sentiment d’@AuCoeurAnimaux, partagé sur le réseau X.

 

Deux heures plus tôt, Mustapha, un agent d’entretien âgé de 29 ans, avait raconté sa version des faits, parlant d’un « malheureux accident » survenu en milieu de nuit, le 20 mars, dans le quartier Wilson. Selon lui, il ignorait la présence de la chienne dans le coffre de son T-Cross, ne savait pas que le hayon était ouvert, qu’elle était tombée, que ses hurlements avaient alerté un passant. Lequel avait appelé la police.

Ce sont ses explications « au caractère rocambolesque », selon la substitute du procureur Margaux Lejosne, que les juges ont finalement retenues.

L’animal « rebondissait » derrière la voiture. « C’était horrible ! »

L’affaire avait été révélée par nos confrères de L’Union à qui le témoin avait confié son effroi : « J’ai vu une voiture arriver, le conducteur donnait des gros coups d’accélérateur. J’ai regardé, car cela m’a intrigué. » Il voit un chien en laisse suspendu au crochet d’attelage. « Il rebondissait, incapable de courir tellement la voiture allait vite, c’était vraiment horrible. J’ai voulu rattraper le véhicule, c’était impossible. [Il] faisait des tours place Mozart, ça a bien duré dix minutes. Pauvre bête… »

Les cris de Romy sont si déchirants qu’ils réveillent des riverains.

Le président Pierre Jund rapporte la suite, filmée par la vidéosurveillance. Mustapha, accompagné d’un cousin, file dans une rue en sens interdit puis s’arrête devant une supérette pour récupérer ses courses. En la quittant, il prend sa tête à deux mains, semblant découvrir la bête au sol, grièvement blessée. Il essuie le sang sur la carrosserie, remet Romy dans le coffre. Elle lui a été prêtée, comme le T-Cross. À 3 h 40, il appelle le propriétaire de la Volkswagen, de la chienne, et téléphone à la clinique vétérinaire de garde. Le coup de fil dure 48 secondes, un laps de temps trop court pour détailler l’événement, expliquera le standardiste qui ne se souvient même pas d’un tel accident cette nuit-là. L’accusation pense qu’il a voulu « se couvrir » en voyant la police arriver. Deux pompiers prennent en charge Romy, inerte « dans l’habitacle plein de sang ». Elle va survivre sous morphine.

 « Je te jure, Monsieur le juge, j’ai rien ressenti »

 En ouverture des débats, le président Jund a paru étonné par l’attitude du prévenu, qui a toujours nié avoir fait preuve de cruauté.

« On a du mal à croire que vous n’avez pas entendu les hurlements…

– Il y avait la musique à fond. Je ne savais pas qu’il y avait le chien dans le coffre. Il faisait noir.

– Vous roulez coffre ouvert, il y a du vent [qui s’engouffre] ?

– Je te jure, Monsieur le juge, j’ai rien ressenti. J’étais fatigué par le travail, je sortais de chez le coiffeur [un barbier ouvert la nuit], sincèrement, je n’ai pas voulu ça. J’aime trop les chiens », capte-t-on ; il parle vite, se perd dans ses déclarations, ici résumées.

La première assesseure : « L’alarme [signalant l’ouverture du hayon] a dû se déclencher. Vous n’avez pas entendu les bips ?

– Je n’ai pas compris la question. »

La seconde assesseure : « Cette chienne vous avait mordu ? Elle faisait des bêtises ?

– Non. »

Me Eva Souplet, avocate de l’association Les Amis des Bêtes qui, pendant six semaines, a soigné le malinois, et de la Fondation 30 millions d’Amis : « Qu’avez-vous fait entre l’appel à 3 h 40 au maître et 4 h 20, l’heure de votre interpellation ?

– Je voulais aller chez le vétérinaire. Je lui avais dit : “J’arrive tout de suite”.

– Et lui, que vous avait-il dit ? demande Me Agnès Mercier, qui représente la Fondation Brigitte Bardot.

– De patienter [au téléphone], parce qu’il y avait du monde. Sur la tête de ma mère, ça me faisait trop mal au cœur ! Je ne serais pas normal dans ma tête si je faisais une chose comme ça. »

 « De tels agissements sont insupportables »

 Venu à son procès avec la mère de son fils qui, dit-il, « adorait la chienne », l’homme ne convainc pas les trois parties civiles citées supra, pas plus que l’Action Protection Animale qui a donné mandat à son conseil parisien, Me Julie Plata. Ni les quatre associations que soutient Me Christophe Gérard –substitué –, dont Pet Rescue 76 et le refuge SPAGA. La neuvième, LISA, a adressé un courrier. « Rien n’aura été fait pour atténuer les souffrances de Romy », martèlent les avocates de concert. Elles réclament quelque 10 000 € au titre des dédommagements et de l’article 475-1 du Code de procédure pénale.

La parquetière Margaux Lejosne, rappelant que Mustapha a déjà comparu pour violence, estime que « sa version ne tient pas la route ». Elle s’appuie sur les images, le témoignage, les procès-verbaux, démontre « l’intention de faire du mal ». Il encourt quatre ans de prison, précise-t-elle, pour « de tels agissements qui sont insupportables ». Elle requiert huit mois ferme, sous bracelet, et bien sûr l’interdiction définitive de détenir un animal.

En défense, Me Pascal Ammoura s’interroge : « À trois heures du matin, il déciderait de faire du mal à Romy ? Mais pour quelle raison ? » Il invoque un arrêt de la Cour de cassation ayant jugé que l’infraction « de sévices ou actes de cruauté » doit être accomplie « intentionnellement dans le dessein de provoquer la souffrance » . « L’intentionnalité, conclut-il, n’a pas été démontrée. »

Les juges l’ont donc suivi et relaxé Mustapha, déboutant par conséquent les associations. Pendant deux secondes, l’homme libéré n’a rien dit. Puis, il a remercié et s’en est allé sous les yeux éberlués du personnel du refuge qui s’était relayé un mois et demi auprès de Romy. « Elle est aujourd’hui très heureuse, au sein d’une famille aimante », nous a-t-il indiqué.

Et soudain, comme si l’affaire ne pouvait s’achever ainsi, le propriétaire de la bête a fait irruption dans le prétoire et sollicité du président qu’il rende Romy « à [ses] quatre enfants ». « Prenez un avocat », lui a répondu Pierre Jund.

 


Source:

www.actu-juridique.fr

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