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« Je le fais pour moi et pour sa mémoire » : des Français métis, fils de soldats coloniaux, entretiennent le souvenir de leurs pères

Dans le lumineux salon de sa maison de Villefranche-de-Rouergue, dans l’Aveyron, Yves Abibou se remémore l’histoire de son père, Antoine, tirailleur pendant la seconde guerre mondiale. « Je n’arrive pas à me souvenir de l’âge auquel mon père me l’a racontée, confie-t-il. Ce que je sais, c’est qu’il l’a fait une seule fois. Il n’était pas dans la dramatisation. J’ai plutôt le souvenir qu’il souriait, comme quelqu’un qui raconte une belle histoire, dont il s’est bien tiré. » Ce récit troublant, Yves Abibou l’avait enfoui dans sa mémoire d’enfant. Jusqu’à ce colloque, il y a une dizaine d’années, où il a été appelé à témoigner. Ce jour-là, quelque chose déraille. « D’un seul coup, j’ai senti une émotion absolument dingue arriver. Je me suis mis quasiment à pleurer, je ne pouvais plus parler. Je me suis dit : mais qu’est-ce qui m’arrive ? »

Antoine Abibou est né vers 1910 à Porto-Seguro, aujourd’hui Agbodrafo (Togo), alors en Afrique-Occidentale française. Il a combattu pour la France, mais ce sont des balles françaises qui ont failli le tuer, à la fin de la guerre, à Thiaroye (Sénégal) – on y reviendra. La mère d’Yves Abibou, elle, s’appelait Christiane Boden. Elle était parisienne, blanche. Antoine et Christiane auront sept enfants.

Comme eux, de nombreux métis sont nés après-guerre du mariage d’anciens soldats coloniaux et de femmes métropolitaines. Héritiers d’une histoire méconnue, issus de rencontres amoureuses qui n’auraient jamais eu lieu sans la guerre, les enfants de ces couples sont aujourd’hui à la retraite et leurs parents sont morts. Ils ont grandi sans toujours bien connaître les événements qui ont précédé leur naissance, et certains consacrent une partie de leur temps à entretenir ce roman familial, voire à défendre la mémoire de leurs pères.

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Source:

www.lemonde.fr

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