Tremblement de terre en vue ! Le ministre de l’Education Edouard Geffrey a lancé l’alerte : la chute vertigineuse de la démographie va provoquer des « effets sismiques » dans les écoles. Pour y faire face, il vient d’annoncer que, dans 18 départements, tous les acteurs en rapport avec l’enseignement se réuniront pour savoir comment appréhender ce choc. Car choc il va y avoir dans ce pays qui a vécu tout le XXe siècle avec le défi d’accueillir des classes toujours plus nombreuses. Au point de mettre l’Ecole publique en difficulté et les enseignants plus encore qui ont perdu beaucoup de leur aura. Plus de « hussards noirs », mais des fonctionnaires souvent débordés et mésestimés. Mal payés. Contraints de faire face à des classes surchargées et qui, désormais, vont se vider ! Avec pour les syndicats, une grande crainte : qu’on en profite pour supprimer à la hache les effectifs enseignants et rendre leur métier plus ardu encore.
La crainte syndicale n’est pas vaine. Car on sait depuis François Bayrou Premier ministre l’état dramatique des finances du pays et la nécessité -vitale- de faire toujours plus d’économies, surtout avec le nouveau choc pétrolier. Or c’est une bombe- une bombe démographique — qui nous arrive dessus. Les chiffres sont explosifs, en effet. Pas d’erreur possible : les prévisions donnent à l’horizon 2 035 plus de 1,7 million d’élèves en… moins ! Soit 933 000 places vides dans le primaire et 743 000 dans le second degré. Du seul point de vue mathématique, il y aura doc besoin de moins, beaucoup moins de professeurs. Déjà les comptables de Bercy, et des leaders de la droite se préparent à réclamer des coupes drastiques dès le prochain budget. Ainsi, le député Philippe Juvin, rapporteur LR du Budget à l’Assemblée nationale, s’est-il le premier avancé en faisant remarquer dans le Figaro qu’à l’occasion de la discussion budgétaire, il faudrait réexaminer les 4 500 recrutements prévus dans l’Éducation nationale « alors que le nombre d’élèves diminuera de 125 400 dans le primaire et de 36 200 dans le second degré ».
On voit venir les calculs implacables des technocrates. Mais est ce que la logique de la machine à calculer doit s’imposer -les sénateurs ont proposé 8 000 suppressions de postes- ou la logique de l’éducation des enfants et des besoins pédagogiques qui eux aussi sont criants ?
Les chiffres qui montrent que les profs sont au bord de la crise de nerfs en France
Autrement dit, ne vaudrait-il pas mieux profiter de cette situation « explosive » pour améliorer l’encadrement ? En tout cas, ce fut une des rares grandes réformes du macronisme : sous l’impulsion forte de Jean-Michel Blanquer alors ministre de l’Éducation nationale, on se souvient de la division par 2 du nombre d’élèves en CP puis en CE1 dans les zones d’éducation prioritaire. Même si l’ampleur des résultats est contestée, cette réforme a au moins réduit les inégalités scolaires.
C’est d’ailleurs l’intérêt de la consultation proposée dans 18 départements par Edouard Geffrey : permettre aux syndicats d’enseignants, aux associations de parents et aux élus de confronter les points de vue et les besoins du terrain, vérifier si, par exemple, comme le souhaite le nouveau projet du PS il faut arriver à un encadrement de 19 élèves pour un professeur, la moyenne en Europe pour le secondaire alors que la France est à 21,15. Pour autant deux maîtres pour une classe ne serait-ce pas mieux, au moins dans les secteurs en difficulté ? Les enseignants qui éduquent des élèves dont les familles viennent d’ailleurs et ne maîtrisent pas, ou mal, notre langue, n’auraient-ils pas tout intérêt d’être épaulés ? D’autant qu’une autre révolution arrive. Celle de l’Intelligence artificielle.
Éducation nationale : le nombre d’élèves par classe recule, une dynamique à poursuivre
L’IA peut être un âne bâté, dont il faut se méfier car il est porteur de dangers ; ou un outil formidable si on sait l’utiliser. C’est un apprentissage défi auquel les maîtres vont devoir se former pour ne pas être largués par leurs… élèves. Il faudra prévoir une nouvelle formation, d’une tout autre ampleur. Comment les enseignants n’en seraient-ils pas demandeurs ?
Ultime réflexion qui plaide à l’inverse pour la diminution du nombre de professeurs : si on veut mieux les payer, et il serait temps, ne faut-il pas qu’ils soient moins nombreux. En Allemagne, un enseignant commence à 66 563 euros annuels. En France, il débute à 34 838 euros annuels. Ça aussi, c’est explosif.
Source:
www.challenges.fr



