« Le récit proposé aux élèves ignore complètement les figures noires qui ont marqué notre histoire »

L’accession de Français issus de l’immigration africaine à la tête de plusieurs communes a ouvert, au lendemain des élections municipales de mars, les vannes d’un torrent d’injures racistes que trop d’individus, français ou étrangers, vivent au quotidien. Produit d’un long passé esclavagiste et colonial, le racisme qui prend pour cible les personnes identifiées comme noires est profondément enkysté dans certaines franges de la société française. En venir à bout – si tant est que l’on y parvienne un jour – suppose une mobilisation large et globale.

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Plusieurs leviers sont mobilisables. A court et moyen terme, on peut citer l’action militante et politique – c’était le sens du rassemblement tenu, le 4 avril, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), à l’initiative de son nouveau maire [La France insoumise], Bally Bagayoko – ou la justice, dont l’action contre les discriminations reste cependant encore largement entravée, comme le soulignait, en février, un rapport du Défenseur des droits.

Sur le long terme, on mise beaucoup, et cela depuis trois décennies environ, sur l’école, notamment grâce à la transmission de connaissances relatives au passé esclavagiste et colonial de la France. Mais cette approche n’a pas pour seul effet d’enfermer les populations africaines dans une histoire victimaire ; elle fait aussi la part belle au regard avilissant et méprisant du négrier et du colon.

En dehors de ces moments tragiques – cette année seront commémorés les vingt-cinq ans de la loi Taubira, qui fait de la traite et de l’esclavage atlantiques un crime contre l’humanité –, les populations issues du continent africain sont tenues en dehors du récit national transmis aux élèves. De sorte qu’en dépit de l’universalisme dont l’école républicaine se réclame, il n’est pas certain que le récit sur le passé proposé aux collégiens et aux lycéens soit suffisamment ajusté au projet, promu par l’écrivaine Léonora Miano, dans son essai Afropea. Utopie post-occidentale et post-raciste (Grasset, 2020), de « déracialiser nos perspectives ».

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Source:

www.lemonde.fr

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