La bonne dame de Nohant revient par la fenêtre de l’été. Ne lui dites pas non, vous aimez la vie sentimentale et puis, de toutes les façons, vous n’avez pas le choix : la saison, plus que de raison, vous entraîne aux lectures vagabondes, aux plaisirs gratuits des champs dorés, des étreintes éternelles qui ne durent qu’un matin. Les Amours de George est un roman de Stéphane Guégan. Rapide comme l’éclair, il tourne à vif. Il est vrai que Sand a tant aimé que le sujet mériterait, s’il était traité de manière exhaustive, plusieurs volumes. Et c’est aussi ce que l’on aime en elle : cette liberté.
Nous voici à Venise. Musset trompe à qui mieux mieux son amoureuse, tombe malade. Un médecin local arrive, mais pas tout seul. « Pietro Pagello, le jeune assistant de Santini, en pince déjà pour cette Française au teint bistre dont tout Venise murmure depuis que, ressuscitée, elle s’exhibe à la fenêtre du Danieli ou en gondole, capricieusement vêtue. » Tel est pris qui croyait prendre, l’apprenti docteur italien va se faire un sang d’encre à suivre Sand et finir dans le plus profond désarroi.
Balzac, Delacroix et Chopin
Balzac est de la partie : « Malgré sa mauvaise graisse, il dévale gaillardement les ravines et autres sentes que George lui ouvre d’un pas d’Indienne, elle aussi. La petite bande égaie le bocage de chansons. Heureuse de voir sa mère heureuse, Solange chante à tue-tête. Maurice, qui a l’adolescence boudeuse, se force un peu plus. » Eugène Delacroix passe, et bien entendu l’apparition de Chopin met tout le monde en harmonie, clé d’amour et de Pleyel.
Guégan ne s’attarde pas. Définir au pas de course les aventures de la romancière, telle est son ambition. Nous ne saurions le lui reprocher, puisque c’est la rapidité du trait qui fait le charme de son récit. Trop souvent, l’évocation du dix-neuvième siècle est empesée de phrases, comme si nos contemporains voulaient ignorer qu’en ces temps-là aussi, même si les voitures avançaient au rythme d’un cheval, on s’aimait d’un seul regard. Candides !
Stéphane Guégan, Les Amours de George, Gallimard, 2026, 176 p., 19 €.
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