Lorsque ce disque nous est apparu, disons-le franchement, l’incrédulité nous a gagnés. Les Variations Goldberg de Jean-Sébastien Bach jouées par un trio de violon, violoncelle et alto ? Et puis quoi encore ? Pourquoi pas la Symphonie fantastique à l’accordéon, la Tétralogie à la harpe ? On a pensé que les artistes abusaient des chemins de traverse, qu’ils ne savaient plus de quelle manière se distinguer. Mauvais réflexe de qui se croit dépositaire d’une science authentique et qui, funeste condition des abrutis, verse dans la cuistrerie. « Nombreuses sont les adaptations des Variations Goldberg, observe la musicologue Laurence Le Diagon-Jacquin dans le livret du double album. Au fil du temps, les versions se multiplient, comme celle pour piano seul de Busoni qui coupe sans hésiter des parties et ajoute une coda de son cru, tandis que Max Reger en propose une version pour deux pianos. Le trio de Jacques Loussier offre un bon exemple de révision dans un style jazz. »
Alors, nous avons écouté ce disque et nous avons été, non seulement penaud d’avoir été si bêta, mais tout heureux de découvrir les Goldberg sous une autre lumière. Il est vrai que l’aria ne sonne pas comme on en a l’habitude : au dépouillement radical du clavecin – ou chez Busoni du piano – succède un dialogue dont la couleur évoque davantage la musique de chambre. Où est le mal ? C’est un tel plaisir. Une promenade musicale, un badinage au meilleur sens du mot – le trio Alphea s’y entend pour nous offrir une échappée non conformiste et sensuelle.
Trio Alphea, Jean-Sébastien Bach. Variations Goldberg, label Klarthe, 2026.
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Source:
www.reforme.net



