MondeLes Jeux du Commonwealth sont-ils en pleine recomposition?

Les Jeux du Commonwealth sont-ils en pleine recomposition?

Les Jeux du Commonwealth s’achèvent ce dimanche à Glasgow. Longtemps vitrine sportive de l’ancien Empire britannique, ils reflètent aujourd’hui les profondes transformations d’une organisation presque centenaire. Les identités nationales s’y affirment, certains membres historiques refusent désormais d’en assumer le coût, tandis que de nouvelles puissances cherchent à en redéfinir le rôle et les priorités. C’est le tour du monde des correspondants que nous vous proposons cette semaine, à la découverte d’un Commonwealth moins centré sur Londres, plus fragmenté, mais aussi en pleine recomposition.

 

Au Royaume-Uni, pays qui n’envoie pas une, mais quatre équipes différentes, une pour chaque nation qui compose le royaume : Angleterre, Irlande du Nord, Écosse et pays de Galles (auquel s’ajoutent l’île de Man, Jersey et Guernesey). Pourtant, aux JO, tous concourent sous le même drapeau. Pourquoi cette division ? Elle permet aux différentes nations britanniques d’exister, de défendre leur identité propre. C’est un peu l’idée des évènements culturels du Commonwealth : célébrer la diversité des membres de l’ancien Empire britannique. En fait, les Jeux olympiques sont vraiment l’exception, avec une seule équipe qui rassemble l’Angleterre, l’Écosse, le pays de Galles et l’Irlande du Nord. C’est dû aux règles du CIO, le Comité international olympique, qui stipule que (sauf quelques exceptions), seuls les États souverains peuvent participer. Mais dans tout le reste du monde sportif, le foot, le rugby, la natation, ce sont des fédérations nationales. Une manière donc de se différencier, et d’ailleurs chaque équipe en profite : les Écossais avec leurs kilts et cornemuses, les Anglais avec leurs hymnes comme « Sweet Caroline ». Il y a aussi un enjeu de représentation : l’Angleterre c’est 85 % de la population du Royaume-Uni. Une seule équipe risque donc fort d’être principalement anglaise, au détriment de la visibilité des autres nations. 

Le renoncement de l’Australie à organiser ces Jeux

Ces Jeux du Commonwealth se tenaient donc à Glasgow en Écosse, pourtant, ils devaient initialement avoir lieu en Australie, mais l’État du Victoria a fini par y renoncer en juillet 2023, évoquant notamment des raisons financières. Toujours est-il que les Highlands écossais semblent réussir aux athlètes australiens, car l’Australie domine très largement cette compétition. Avec plus de 120 médailles décrochées, dont plus d’une cinquantaine en or, l’Australie est très loin devant l’Angleterre et le Canada. Comme d’habitude, c’est notamment sur les épreuves de natation que les Australiens ont fait la différence, mais cette année, on a aussi de très bons résultats en athlétisme, ici on parle même de génération dorée. Le paradoxe, c’est que ce succès, il aurait pu avoir lieu à domicile, puisque c’est l’État du Victoria qui devait à l’origine accueillir ces Jeux. Le projet initial, qui était d’organiser les épreuves dans plusieurs villes de province, était sans doute trop ambitieux. En tout cas, les coûts d’organisation ont plus que doublé, frôlant les 4 milliards d’euros, beaucoup plus que les retombées économiques attendues, et l’État du Victoria a donc décidé de renoncer à organiser ces Jeux, une annulation qui lui aura coûté plus de 300 millions d’euros. C’est dans ces circonstances que la ville de Glasgow a repris le flambeau, mais cette année on n’a qu’ une version allégée des Jeux, avec seulement dix sports représentés. 

L’Inde, prochaine nation hôte des Jeux du Commonwealth ? 

L’Inde, une puissance qui a tourné la page de l’Empire britannique il y a longtemps, sans pour autant quitter le Commonwealth. Alors que les Jeux de Glasgow s’achèvent, New Delhi s’interroge sur le présent, et en même temps, prépare l’avenir. Le quotidien de référence The Hindu, l’une des voix les plus écoutées de la presse anglophone indienne, pose une question qui résonne ici : les Jeux du Commonwealth ont-ils encore un sens aujourd’hui ? Son regard sur Glasgow est révélateur. En Inde, cette édition allégée des jeux ne suscite presque aucun enthousiasme. La raison est très concrète : en supprimant le badminton, la lutte, le hockey sur gazon ou encore le cricket, les organisateurs ont retiré, non seulement, les disciplines qui parlent le plus à la culture sportive indienne, mais aussi celles qui avaient rapporté près de la moitié des médailles du pays en 2022. Pour autant, New Delhi reste attachée au Commonwealth. Cette puissance postcoloniale y voit un espace diplomatique, anglophone et sportif justement. Car derrière la déception de Glasgow, New Delhi prépare déjà l’étape suivante : 2030. Les Jeux du centenaire auront lieu à Ahmedabad, grande métropole industrielle du Gujarat. Une vitrine pour affirmer ses ambitions sportives et convaincre le CIO de lui confier les Jeux olympiques de 2036.


Source:

www.rfi.fr

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