DELPHES, Grèce – Non seulement le président turc Recep Tayyip Erdoğan n’a pas été invité au sommet européen qui se tient cette semaine à Chypre, mais les relations entre Ankara et Bruxelles ont pris un coup au moment même où les dirigeants arrivent sur place.
La Commission européenne est toujours en mode « gestion de crise » après qu’Ursula von der Leyen a placé la Turquie dans la même catégorie que la Russie et la Chine dans des propos tenus dimanche à un journal allemand, Die Zeit.
Cette gaffe s’est rapidement transformée en une dispute publique entre hauts responsables européens au sujet des relations tendues avec la Turquie.
Charles Michel, l’ancien président du Conseil européen, s’est empressé de réprimander von der Leyen, avec laquelle il a un passé mouvementé, en écrivant sur X que « l’Europe ne se renforce pas en appliquant deux poids deux mesures ou en simplifiant la réalité ».
Le président chypriote Nikos Christodoulides, qui accueillera les dirigeants de l’UE jeudi et vendredi, a riposté à Michel en écrivant : « Permettez-moi de vous rappeler que la Turquie a envahi Chypre en 1974 ».
Dans le même temps, le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a de nouveau endossé son rôle de médiateur politique européen lors d’un déplacement à Ankara mercredi. Mais cette fois-ci, sa mission consistait à contenir les retombées provenant de Bruxelles plutôt que de Washington.
« L’OTAN fera toujours le nécessaire pour défendre la Turquie », a assuré Rutte lors d’un discours au siège d’Aselsan, l’une des principales entreprises de défense turques. Il a salué la contribution de la Turquie à l’Alliance, à quelques mois seulement du sommet majeur de l’OTAN que la Turquie s’apprête à accueillir.
Il a apporté une branche d’olivier à Ankara pour rétablir la paix après la grenade diplomatique lancée par la cheffe de l’UE.
Rutte a repris la « trinité » des menaces mondiales évoquée par von der Leyen, citant la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine et la modernisation militaire de la Chine, mais a délibérément remplacé la Turquie par l’Iran, faisant référence à « ses actions semant la terreur et le chaos ».
La Commission elle-même est revenue sur les propos de von der Leyen en publiant une déclaration qualifiant cet allié de l’OTAN de « partenaire important » et de candidat à l’adhésion au bloc.
De grands espoirs de dégel
C’est Christodoulides qui a été le premier à évoquer la possibilité d’inviter son homologue turc au sommet européen de cette semaine.
« Tout comme nous inviterons tous les dirigeants, nous inviterons également le président turc », avait-il déclaré en juin dernier. Il l’a réitéré pas plus tard qu’en novembre, lors d’un entretien avec le Financial Times.
Finalement, l’invitation n’est jamais venue. Marilena Raouna, ministre chypriote des Affaires européennes, a invoqué de vagues « développements géopolitiques ». Un responsable de l’UE a confirmé à Euractiv qu’Erdoğan n’avait pas été invité.
En revanche, la réunion de vendredi réunira les dirigeants du Liban, de la Jordanie, de l’Égypte et de la Syrie, ainsi que le secrétaire général du Conseil de coopération du Golfe, a indiqué un porte-parole de la présidence chypriote.
Le rôle de la Turquie au lendemain de l’attaque américano-israélienne contre l’Iran s’est avéré très controversé. Hakan Fidan, le ministre turc des Affaires étrangères, a récemment accusé Israël, la Grèce et Chypre d’alimenter l’instabilité régionale par le biais de leur coopération militaire croissante.
Une source bien informée proche du dossier a confié à Euractiv à Athènes que le changement apparent d’attitude de Bruxelles envers la Turquie s’explique en grande partie par les liens étroits qu’entretient Ankara avec le régime de Téhéran.
« Il est désormais clair pour Bruxelles également que Fidan est en réalité l’homme de l’Iran en Turquie, d’où la volonté d’Ankara de se positionner comme médiateur dans le conflit plutôt que le Pakistan », a affirmé la source.
La même source a ajouté que la situation économique fragile de la Turquie constituait un facteur de risque supplémentaire pour l’UE, soulignant que les conditions s’étaient détériorées depuis l’arrestation du maire d’Istanbul et candidat à la présidence Ekrem İmamoğlu en mars 2025.
Enfin, la popularité croissante de l’extrême droite dans toute l’UE, dont une grande partie s’oppose au processus d’adhésion de la Turquie à l’UE, influence également la position de longue date du PPE, a souligné la source.
« La Turquie possède les capacités militaires et la portée stratégique dont l’Europe a besoin aujourd’hui », a déclaré mercredi l’ancien président de la République de Turquie, Abdullah Gül, lors du Forum économique de Delphes en Grèce.
Gül a également indiqué que la question chypriote, toujours en suspens, ne devrait pas empêcher la Turquie de rejoindre l’architecture de sécurité européenne.
(mm, ow)
Source:
euractiv.fr



