C’est sous un soleil de plomb, ce dimanche 21 juin vers 10 heures du matin, qu’une quarantaine de caravanes ont fait leur entrée à Pré-Saint-Évroult (Eure-et-Loir), s’installant sur le stade communal et le jardin de la salle des fêtes. Arrivant d’Artenay, dans le Loiret, le cortège d’au moins à 150 personnes n’avait fait aucune demande préalable.
Sur place, l’argument mis en avant par les familles est avant tout sanitaire. Face au déclenchement de la vigilance rouge canicule dans le département et à la chaleur étouffante de ces derniers jours, plusieurs membres du groupe ne se sentaient pas bien, a rapporté le chef du groupe au maire. Dans de nombreuses caravanes tractées, dépourvues de système de climatisation, l’atmosphère était devenue irrespirable, rendant le voyage dangereux pour les plus fragiles. La commune, particulièrement arborée, offrait un îlot de fraîcheur. Plusieurs petites piscines gonflables ont été installées pour les plus jeunes.
Mais pour alimenter ces bassins de fortune et rafraîchir le campement, les occupants ont choisi la méthode forte : un branchement direct et massif sur la bouche d’incendie de la commune. « Ils pompent plusieurs mètres cubes d’eau », constate le maire, inquiet pour la sécurité du village en cas de départ de feu. Côté électricité, un raccordement sauvage a été opéré directement sur un câble haute tension pour alimenter les équipements du campement.
Un conseiller municipal manque de se faire écraser
Pour Brian Pellerin, cette installation illégale résonne comme un véritable baptême du feu. Élu triomphalement en mars dernier à seulement 19 ans, après avoir monté sa propre liste face au maire sortant qui l’avait écarté, le voilà face à sa première crise majeure. Gérer l’urgence humanitaire liée à la canicule tout en protégeant ses administrés et les finances locales, le défi est immense pour le plus jeune maire du département. « Je suis très embêté pour mes habitants, et puis pour nos impôts, puisque ce sont toujours les mêmes qui vont payer, c’est-à-dire le contribuable », confie-t-il, alors que la facture d’eau et d’électricité s’annonce salée.
Au-delà de l’aspect financier, le maire doit gérer la sécurité et l’inquiétude de son village. Un de ses conseillers municipaux a manqué de se faire écraser par un véhicule qui forçait le passage lors de l’arrivée du cortège. Depuis, la peur s’est installée chez les riverains, notamment les personnes âgées, face à des va-et-vient de voitures suspectées de faire du repérage dans les hameaux voisins pour y dénicher de la ferraille ou du cuivre.
Il téléphone directement aux habitants
Loin de se laisser dépasser par l’inexpérience que certains auraient pu lui prêter en mars dernier, Brian Pellerin multiplie les actions concrètes. Pour rassurer la population, il a ordonné le rallumage exceptionnel de l’éclairage public durant toute la nuit. Il a entrepris une vaste campagne de prévention en faisant du porte-à-porte et en téléphonant directement aux habitants pour leur conseiller de tout fermer.
En parallèle, le dialogue est noué avec l’État. L’édile a alerté le préfet et le sous-préfet de Châteaudun. Si la gendarmerie s’est rendue sur place pour identifier les véhicules et photographier les raccordements illégaux, les autorités se heurtent aux limites de la loi, qui ne permet pas d’expulsion immédiate.
Alors que les occupants ont annoncé leur intention de repartir dimanche prochain, le jeune maire de Pré-Saint-Évroult croise les doigts pour que leur installation ne s’éternise pas en cas de prolongation de la vigilance rouge canicule.
Source:
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