DéfensePenser la stratégie. Stratégie nucléaire : la « prolifération amicale » selon Elbridge Colby

Penser la stratégie. Stratégie nucléaire : la « prolifération amicale » selon Elbridge Colby

À l’occasion de la conférence de sécurité de Munich de février 2026, l’importance d’Elbridge Colby au sein de la réflexion stratégique de l’administration Trump est devenue plus familière aux Européens. Le sous-secrétaire à la Guerre chargé de la politique de défense a d’autant plus retenu l’attention générale qu’il venait, quelques jours auparavant, de représenter Pete Hegseth, secrétaire à la Guerre, à la réunion des ministres de la Défense de l’OTAN.

Son discours à cette occasion a consisté à opposer l’OTAN originelle, celle de la guerre froide (OTAN « 1.0 ») à une OTAN « 2.0 » de la sécurité collective post – guerre froide. Elbridge Colby constatait froidement le dépôt de bilan stratégique de cette déraisonnable deuxième incarnation. En réaction, il appelait à créer une OTAN « 3.0 » qui se fonderait sur un réinvestissement militaire beaucoup plus important de la part des alliés européens, à l’imitation de l’OTAN de défense collective de la guerre froide. « Il ne s’agit pas d’abandonner l’OTAN, martelait Colby. Au contraire, affirmait‑il, il s’agit d’un retour à [l’]objectif fondamental [de l’Alliance] et d’une validation de celui-ci. (1) »

À Munich, quelques jours après, il semblait confirmer cette ligne lors d’une interview donnée à Foreign Policy : à condition que l’OTAN évolue dans le sens d’un transfert du fardeau (burden shifting) et non d’un simple partage de celui-ci (burden sharing), il affirmait que l’organisation serait « […] en réalité, plus forte que jamais (2) ». Le ministre norvégien de la Défense, Tore Sandvik, a approuvé : « Nous connaissons les Américains, ils ont besoin d’être davantage présents dans le Pacifique […] Nous, les Européens, n’avons pas fait assez d’efforts. (3) » Mais quels « efforts » réaliser au juste, au – delà des slogans, pour que les garanties de sécurité américaines puissent perdurer ?

Le premier gage, on le sait, a été donné en juin 2025 au sommet otanien de La Haye, avec l’engagement de la plupart des membres de l’Alliance de consacrer désormais 5 % de leur PIB à la défense. Un effort certain, reconnaît aujourd’hui Colby, tout en soulignant, comme d’autres responsables américains, que les pourcentages ne sont pas tout : « […] ce qui importe en fin de compte, c’est ce que ces ressources produisent : des forces prêtes à l’action, des munitions utilisables, une logistique résiliente et des structures de commandement intégrées qui fonctionnent à grande échelle dans des conditions difficiles. (4) »

La liste des capacités que cite ici Elbridge Colby est limitée à l’aspect conventionnel. Mais il y aurait aussi d’autres moyens de participer efficacement à la défense du continent, comme semblent le penser certains pays européens. Par exemple en développant de nouveaux arsenaux atomiques. Et l’on constate effectivement que, de la Pologne aux pays scandinaves, en passant par certains cercles politiques allemands, les appels à un renforcement du poids et du rôle des Européens dans la posture de dissuasion nucléaire de l’Alliance se sont récemment multipliés. Pas seulement via un renforcement des mécanismes de consultation du Nuclear planning group (NPG), mais bien par l’acquisition d’un arsenal atomique en propre, avec une prolifération nucléaire assumée. Ainsi, en janvier 2026, dans War on the Rocks, le lieutenant – colonel Johannes Kibsgaard ironisait : « Le temps est-il venu pour une bombe nordique ? » Et de répondre positivement, en balayant avec une remarquable légèreté les obligations du Traité de non – prolifération nucléaire auxquelles sont astreints les pays concernés : « Le Danemark, la Finlande, l’Islande, la Norvège et la Suède devraient réfléchir à la manière d’assurer leur propre protection nucléaire. Selon l’ancien ministre des Affaires étrangères social – démocrate danois Jeppe Kofod, une force de dissuasion nucléaire nordique est une nécessité absolue. (5) » Lors de la conférence de Munich, le président polonais, Karol Nawrocki, déclarait quant à lui que Varsovie devrait commencer à réfléchir à sa défense nucléaire : « La voie vers le potentiel nucléaire polonais, dans le respect de toutes les réglementations internationales, est celle que nous devons emprunter. (6) » Du moins la formulation évoque-t‑elle encore, même en creux, l’existence de traités internationaux.


Source:

www.areion24.news

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